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Oscars 2013 : le palmarès complet

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Alors que j'étais vendredi soir aux César (retrouvez, ici, mes vidéos des lauréats et le palmarès complet commenté), c'était hier soir aux Oscars de dévoiler leur palmarès.

Je vous donnais hier soir les noms de mes favoris pour ces Oscars 2013, vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que je suis déçue par ce palmarès tiède... et qui couronne comme meilleur film un pour moi plus que médiocre: "Argo" (annoncé par la première dame des Etats-Unis depuis la Maison Blanche).

La soirée a néanmoins commencé avec une bonne nouvelle: l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Christoph Waltz, au moins Tarantino n'allait pas repartir bredouille!

Sans surprise,  Anne Hathaway est repartie avec le trophée de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation de "Fantine" dans "Les Misérables" (qui ont récolté également les Oscars du son et du maquillage).

 Après avoir triomphé aux César, "Amour" de Michael Haneke n'a récolté "que"  l'Oscar du meilleur film étranger qu'il méritait néanmoins.

Plus surprenant fut en revanche l'Oscar du meilleur réalisateur attribué à Ang Lee pour "L'Odyssée de Pi" qui récolte aussi les OScars de la meilleur photographie, de la meilleure musique et des meilleurs effets spéciaux.

« L’Odyssée de Pi » est avant tout un hommage à l’imaginaire, salvateur ou trompeur, un hymne à son pouvoir qui permet d’affronter les vagues et les tumultes de l’existence. Une splendide allégorie sous la forme d’un conte cruel et enchanteur. C’est avant tout l’histoire d’une croyance (en la religion, en l’illusion que crée cette dernière) qui permet de survivre. C’est là que le film d’Ang Lee se révèle brillant : derrière ce qui pourrait n’être qu’un voyage initiatique (qu’il est aussi) il interroge nos croyances, leur fondement, leur but. Détrompez-vous, si la bande-annonce vous a donné l’impression (l’illusion, encore une) d’assister à une histoire pour enfants, c’est avant tout sa double lecture qui rend cette odyssée passionnante. Elle commence par des images idéalisées de la vie de Pi en Inde avec ses animaux d’une beauté et d’un réalisme troublants que la 3D nous donne l’impression d’approcher réellement (impression qui culminera lors du vol d’une nuée de poissons, Ang Lee a même changé de format pour l’occasion). Puis, vient le temps du naufrage…et du face-à-face entre Pi et Richard Parker, Pi et son imaginaire, Pi et les éléments, Pi et sa foi donc surtout Pi face à lui-même, la manière dont il choisi d’affronter le drame tout comme nous d’affronter l’existence : en croyant le plus souvent (au cinéma, à l’illusion, en un Dieu). Le conte ne s’avère ainsi pas seulement cruel parce que le zèbre et l’orang-outang naufragés avec Pi doivent subir les assauts d’une hyène mais aussi parce que tout ce que nous voyons n’existe peut-être pas, n’est potentiellement que la construction de l’esprit pour supporter une version beaucoup plus cruelle, voire insupportable de ce qui s’est réellement produit (comme, peut-être, la propre animalité de Pi dont le tigre serait alors la métaphore), à l’image de cette île perdue où débarque Pi, en apparence enchanteresse et en réalité carnivore. Tout n’est qu’affaire de perception, de point de vue… à l’image du cinéma, une autre « croyance » ou en tout cas une autre illusion dont le film est aussi l’allégorie. LA 3D et la photographie « fabuleuse » de Claudio Miranda (« L’étrange histoire de Benjamin Button »…) nous immergent dans un univers poétique et onirique grâce à des images d’une beauté féérique et irréelle (et à dessein, la forme rejoignant ainsi le fond) qui nous procurent l’illusion de flotter dans les cieux. Ang Lee se révèle alors aussi doué dans les scènes intimistes que dans celles plus spectaculaires entre lesquelles sa filmographie lui a souvent permis d’alterner et qu’il réunit ici dans un seul film. L’émotion atteint son paroxysme et nous fait retenir notre souffle lorsqu’une tempête contraint Pi à se blottir au fond du bateau à portée du tigre abandonnant alors toute défense, peut-être toute raison et s’abandonnant (à l’illusion ?). Le film d’Ang Lee regorge de qualités indéniables : alliance entre l’intime et le spectaculaire, beauté vertigineuse des images (comme celle de cette baleine phosphorescente qui surgit des flots comme un songe évanescent, furtif et inoubliable), et surtout double lecture passionnante, pourtant quelques bémols font que je n’emploierai pas le terme de chef d’œuvre par lequel James Cameron a salué le film d’Ang Lee : le scénario inégal avec même quelques longueurs –j’avoue même avoir regardé ma montre- (une arrivée trop brusque au Mexique, un récit enchâssé vieille recette hollywoodienne, et un surjeu à la Bollywood du jeune interprète) même si, concernant ce dernier reproche, Ang Lee, après avoir rencontré l’écrivain Steve Callahan, rescapé d’un naufrage ayant survécu 76 jours sur un radeau dans l’océan Atlantique, lui a demandé de participer à l’écriture, puis de rencontrer Suraj Sharma. Celui-ci lui a ainsi raconté que les émotions étaient amplifiées dans de telles circonstances, ce qui explique sans doute en partie son jeu qui manque de nuances. Cet Oscar revenait pour moi néanmoins davantage à "Lincoln" ou aux "Misérables" ou même à "Django unchained" (cf mes commentaires ci-dessous.)

"L'Odyssée de Pi" est donc le grand vainqueur de cette soirée avec 4 Oscars. Suit "Argo" qui récolte les Oscars du meilleur film, de la meilleure adaptation et du meilleur montage à égalité avec "Les Misérables" (actrice dans un second rôle, son, maquillage.)

Je me réjouis de l'Oscar reçu par  Daniel Day Lewis pour son rôle dans "Lincoln", il  devient ainsi le comédien qui a obtenu le plus d'Oscars du meilleur acteur. "Lincoln" a également récolté l'Oscar du meilleur décor.  L’incroyable présence de Daniel Day-Lewis a donc été récompensée. Dans ce film il EST Lincoln, politicien de génie, mari et père confronté à la douleur, homme mélancolique, conteur malicieux, brillant stratège et surtout profondément humain et charismatique. Il fait totalement oublier l’acteur pour donner vie à l’ancien président américain. Dans un rôle aux antipodes de celui qu’il incarnait dans « There will be blood », tout en excès (mais tout aussi magistral), ici tout en nuances, il prouve une nouvelle fois la fascinante étendue de son talent. Spielberg, plutôt que de faire des mouvements de caméra démonstratifs, a mis sa caméra au service de son jeu, se rapprochant au fur et à mesure qu’il captive son auditoire, dans le film, et la salle de cinéma

 

"Argo" de Ben Affleck a reçu l'Oscar du meilleur film pour un long-métrage qui, pour moi, de la caricature du film d’espionnage américain avec : le slogan qui claque (le film était faux, la mission bien réelle), le héros mélancolique qui s’oppose à la hiérarchie et en proie à ses démons personnels (le summum est atteint avec le dessin pour le petit garçon, scène encore une fois téléphonée sans oublier le dialogue entre le producteur et l’agent de la CIA sur leurs enfants), la musique (signée Alexandre Desplat) pour accentuer le suspense, et évidemment et surtout pour nous montrer à quel point ces gens de la CIA et d’Hollywood sont virils et n’ont pas leur langue dans leur poche un langage châtié avec « le censé être irrésistible » « Argofuckyourself ! » ou encore cette réplique parmi d’autres qui fait se retourner Prévert dans sa tombe : : « Le public visé détestera. Quel public ?Celui avec des yeux ! ». Tout était là pour faire de ce scénario réel et improbable un vrai, un grand et beau film d’espionnage politique, malheureusement son manque criant de sobriété et de subtilité en font un divertissement captivant (mais on peut captiver avec des ficelles plus ou moins faciles) au-dessus de la mêlée certes mais sans grande originalité et à la gloire de la bannière étoilée (étonnant qu’elle ne flotte pas insolemment et fièrement à la fin du film). Cela m’aura néanmoins permis de découvrir cette histoire rocambolesque (déclassifiée par Bill Clinton et rendue publique en 1997) qui présente des résonances intéressantes avec la situation politique actuelle (le film a d’ailleurs été tourné en Turquie). Mais si, comme moi, vous aimez les films d’espionnage des années 1970, revoyez plutôt « Les 3 jours du Condor » et non celui qui essaie de les singer… ou allez voir « Skyfall ». (Adèle a d'ailleurs remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale pour ce dernier, sans surprises).

- »Les Bêtes du Sud sauvage » de Benh Zeitlin  n'a malheureusement rien reçu, la très jeune Quvenzhané Wallis est donc repartie bredouille plus jeune nommée dans cette catégorie pour ce film universel, audacieux et dense, un hymne à la vie et l’espoir, au doux refuge de l’imaginaire aussi quand la réalité devient trop violente, un film d’une beauté âpre et flamboyante qui vous emmènera loin et vous accompagnera longtemps comme cette voix (texte de la voix off dit par le personnage de Hushpuppy magnifiquement écrit), ce regard et cette musique qui reflètent ce mélange de force et de magie, de grâce et de détermination.

- »Lincoln » de Steven Spielberg n'a pas reçu tous les Oscars qu'il méritait selon moi comme celui du meilleur film. Un film captivant et exigeant sur un homme et une situation historiques et complexes. Un hommage à Lincoln mais, au-delà, à la politique et ce qu’elle implique d’exigence à laquelle la forme judicieuse du film rend si bien justice. Un film d’une sobriété salutaire qui ne cède que quelques instants et brillamment à l’émotion mais jamais à l’esbroufe. Un film dense aux 2H29 nécessaires. Un travail d’orfèvre servi par une prestation en or, celle d’un Daniel Day-Lewis au sommet de son art, accompagné par une distribution remarquablement choisie et dirigée. Un très grand film dont le classicisme n’est pas un défaut mais au contraire le témoignage de l’humilité et de l’intelligence d’un grand cinéaste devant un grand homme à qui il rend un admirable hommage, de la plus belle manière qui soit, en ne le mythifiant pas mais en le montrant dans toute son humaine complexité.

  « Les Misérables » de Tom Hooper: J’assume et revendique mon coup de coeur et même de foudre pour ce film. Un film d’une force émotionnelle rare qui a eu l’intelligence de ne jamais sacrifier les fondements de l’œuvre à l’impératif du divertissement et qui rend hommage à l’œuvre d’Hugo, traduisant sans les trahir son intemporalité et son universalité, son caractère à la fois romanesque, réaliste et épique, mais surtout la beauté de ses personnages, les combats auxquels leurs âmes tourmentées et la triste fatalité et leurs rêves brisés les confrontent. J’ai été emportée par cette adaptation à la fois originale et respectueuse de l’essence et l’âme des « Misérables ». A l’intelligence de la mise en scène, la puissance de la musique (tant pis si certains esprits cyniques et sinistres la trouvent sirupeuse), s’allient des performances d’acteurs impressionnantes avec un Hugh Jackman exceptionnel conciliant qualité du chant et de l’interprétation et devenant un Valjean par exemple très différent de Jean Gabin dans le film de Le Chanois de 1958 ou de Belmondo dans le film de Lelouch de 1995, moins en force physiquement peut-être mais d’une humanité brute et poignante. Et si Daniel Day-Lewis est admirable dans « Lincoln », Hugh Jackman aurait aussi mérité cet Oscar du meilleur acteur.

 

« Django unchained » de Quentin Tarantino: En huit longs-métrages (seulement), Tarantino a fait de ce néologisme « tarantinesque » la marque d’un univers, celui de films jubilatoires marqués par une violence chorégraphiée comme le seraient des opéras, des films délicieusement bavards d’une violence effroyablement et brillamment magnifiée, avec des dialogues caustiques, des décalages et des montages agréablement audacieux et absurdes même parfois, de BO enthousiasmantes, des hommages vibrants au cinéma avec une explosion (souvent sanguinolente mais récréative) de références cinématographiques, un cinéma de femmes rebelles et courageuses, un hommage à tous les cinémas, de la série B au western : des films débordants d’amour et d’érudition cinématographiques jamais lénifiants ou prétentieux, grâce à un savoureux regard et humour décalés. Ici il réinvente ainsi le western en utilisant et s’affranchissant de ses règles avec cette histoire d’amitié et de vengeance romanesque, de duels et de duos, une nouvelle fois jubilatoire. Tarantinesque évidemment. Il y avait Bond, James Bond, il y aura désormais « « Django. The D is silent », l’esclave héros de western. Di Caprio aurait pour moi mérité un Oscar mais il n’est pas nommé. Il méritait pour moi ce prix du scénario que je lui souhaitais hier, et celui du second rôle pour Christoph Waltz.

»Amour » de Michael Haneke: Un film tragique, bouleversant, universel qui nous ravage, un film lucide, d’une justesse et d’une simplicité remarquables, tout en retenue. «Je ne me souviens plus du film, mais je me souviens des sentiments» dit Jean-Louis Trintignant en racontant une anecdote à son épouse. C’est aussi ce qu’il nous reste de ce film, l’essentiel, l’Amour avec un grand A, pas le vain, le futile, l’éphémère mais l’absolu, l’infini. Je suis ravie de son logique Oscar du meilleur film en langue étrangère même si « Royal Affair » est un premier film passionnant, historique et moderne, romanesque et instructif, étonnamment maitrisé.


 

Mes critiques des films en lice:

 

« Les Bêtes du Sud sauvage » de Benh Zeitlin

 

« Zero dark thirty » de Kathryn Bigelow

 

« Lincoln » de Steven Spielberg

 

« Les Misérables » de Tom Hooper

 

« L’Odyssée de Pi » d’Ang Lee

 

« Amour » de Michael Haneke

 

« Django unchained » de Quentin Tarantino

 

« Argo » de Ben Affleck

 

« Flight » de Robert Zemeckis

 

« Royal affair »de Nikolaj Arcel

 

Le palmarès complet de la 85ème cérémonie des Oscars :

Meilleur film :Argo de Ben Affleck

Meilleur acteur :Daniel Day Lewis pour Lincoln

Meilleure actrice : Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy

Meilleur réalisateur : Ang Lee pour L'Odyssée de Pi

Meilleur scénario original :Quentin Tarantino pour Django Unchained

Meilleure adaptation :Chris Terrio pour Argo

Meilleure chanson :Skyfall par Adèle

Meilleure musique : Mychael Danna pour L'Odyssée de Pi

Meilleur décor :Lincoln

Meilleur montage :Argo

Meilleure actrice dans un second rôle :Anne Hathaway pour Les Misérables

Meilleur montage son :Zero Dark Thirty et Skyfall

Meilleur mixage son :Les Misérables

Meilleur film étranger :Amour de Michael Haneke

Meilleur documentaire :Sugar Man

Meilleur court-métrage documentaire :Inocente

Meilleur court-métrage de fiction :Curfew

Meilleur maquillage et coiffure : Les Misérables

Meilleurs costumes :Anna Karenine

Meilleurs effets spéciaux :L'Odyssée de Pi

Meilleure photographie : Claudio Miranda pour L'Odyssée de Pi

Meilleur long-métrage d'animation :Rebelle

Meilleur court-métrage d'animation :Paperman

Meilleur acteur dans un second rôle :Christoph Waltz dans Django Unchained

Commentaires

  • Bonjour, personnellement je n'ai pas du tout été passionnée par Lincoln, cela fait deux mois que je procrastine mon billet sur ce film que j'ai vu en projection de presse. Et les gens n'avaient pas l'air plus enthousiaste que moi. C'est lourd, c'est long et pourtant le sujet est passionnant et j'ai appris d'une part que Lincoln a été le premier président républicain et que les démocrates étaient plutôt esclavagistes. Toutes les séquences qui se passent au congrès sont passionnantes. Dommage que Spielberg que se soit cru obligé de nous faire entrer dans l'intimité de Lincoln entre sa femme un peu mégère et son fils qui ne sait pas où il en est. Il n'est pas doué pour les scènes intimistes (selon moi). Bonne fin d'après-midi.

  • @dasola: Je crois que le manque d'enthousiasme en projection presse est une règle générale et en tout cas pas un argument pour juger de la qualité d'un film. Peut-être, en effet, les scènes intimistes sont-elles moins réussies (bien que je ne sois pas de cet avis), en revanche je ne pense pas qu'on puisse en tirer une généralité sur les scènes intimistes chez Spielberg. Bonne fin d'après-midi également.

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