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  • Critique de MADAME BOVARY de Sophie Barthes

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    Dans cette nouvelle adaptation de « Madame Bovary » (oubliée du palmarès du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville), Sophie Barthes a choisi d’insister sur les difficultés économiques d’Emma qui dépense sans compter pour échapper à la monotonie de son existence. Comme dans le roman de Flaubert, Emma Rouault (Mia Wasikowska), tout juste sortie du couvent, épouse Charles Bovary (Henry Lloyd-Hughes), un médecin de campagne qui se réjouit d’avoir trouvé en elle la compagne parfaite. Emma occupe ses journées à aménager sa nouvelle demeure, dessine, joue du piano et reçoit avec élégance ses invités. Cette vie monochrome auprès d’un époux dénué de tout raffinement est bien loin des fastes et de la passion auxquels pourtant elle aspire. Ses rencontres avec le marquis d’Andervilliers (Logan Marshall-Green), le jeune clerc de notaire Léon (parfait Ezra Miller), et Monsieur Lheureux (Rhys Ifans, sournois et mielleux à souhait), un habile commerçant, vont lui donner, un temps, une nouvelle envie de vivre.

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    Tout me semblait avoir été dit sur le roman de Flaubert, qui en plus des nombreuses adaptations auxquelles il a déjà donné lieu (Renoir, Minnelli, Chabrol pour les plus remarquables) ne cesse d’inspirer des personnages de films qui empruntent des traits à la mélancolie ou au bovarysme du roman de Flaubert, affliction que ce chef d’œuvre littéraire a inventée et fait entrer dans le langage commun (défini par Flaubert comme «  la rencontre des idéaux romantiques face à la petitesse des choses de la réalité » en général suscité par des lectures romanesques). Et pourtant… dès les premiers plans qui placent d’emblée le film sous le sceau de la tragédie, cette course effrénée d’Emma, bouleversée, dans la manière de mettre en scène (la nature, les costumes), cette Madame Bovary semble exhaler le parfum des mots de Flaubert, chaque plan en retranscrivant ainsi la subtilité, la sensibilité, la mélancolie tragique, nous donnant des informations supplémentaires sur les états d’âme d’Emma, les images si soignées et signifiantes rendant hommage aux mots scrupuleusement choisis de Flaubert auxquels le film est parfois infidèle dans les événements mais fidèle dans l’esprit (Emma n’a pas d’enfant ici, la petite Berthe est ainsi absente du scénario).

    Sophie Barthes met ainsi en lumière la modernité du roman de Flaubert et des aspirations d’Emma : se sentir libre de vivre sa vie, ses passions, croyant les trouver dans les apparences et la consommation à outrance. Le paysage et les costumes vibrent à l’unisson avec les variations psychologiques d’Emma, cette femme emmurée dans les conventions, dans sa vie trop paisible et routinière de provinciale qui par les dépenses et la passion (ou plutôt son illusion) va croire y échapper.

    L’élégance de la réalisation et son intelligence (dans l’utilisation des couleurs, de la lumière, des décors, des costumes) sont d’une beauté triste à couper le souffle et rendent un sublime hommage au roman de Flaubert et, plus encore qu’à sa modernité, à son intemporalité.

    Dans le rôle d’Emma Bovary, Mia Wasikowska est parfaite, moins revêche que l’était Isabelle Huppert (non moins parfaite) dans l’adaptation de Chabrol. Sophie Barthes semble ainsi regarder Emma Bovary avec plus d’indulgence que ne le faisait Chabrol et lui apporter une douceur et une fragilité qu’elle n’avait pas dans l’adaptation chabrolienne, parvenant à rendre son ennui palpitant pour le spectateur. Et surtout, voir ce film (que je vous recommande) ne vous dispense pas d'aller voir "Le fils de Saul" de Laszlo Nemes, ma palme d'or du Festival de Cannes 2015 (qui a en réalité obtenu le grand prix).

     

  • Critique de THERE WILL BE BLOOD de Paul Thomas Anderson (ce soir, à 20H45, sur Cine + premier)

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    1478123491.jpgL’or noir. L’oxymore qui définit ainsi l’objet de la quête effrénée, insatiable, vorace de Daniel Plainview est à l’image de ce film. Entre ombre et lumière. Entre les profondeurs abyssales et obscures de la terre et les vastes paysages de l’Ouest américain. Entre les Lumières de la foi et l’obscurantisme de la religion. Entre les deux faces si contrastées d’un même visage. Ainsi, lorsque le chercheur d’or noir, Daniel Plainview (Daniel Day Lewis) entend parler d’un océan de pétrole sous une petite ville de Californie, il part alors avec son « fils » H.W (en réalité, un enfant dont le père est mort en forant pour Daniel Plainview) à Little Boston, un endroit au milieu de vastes étendues vertigineuses où l’unique point de rendez-vous et distraction est l’église animée par le charismatique jeune prêtre Eli Sunday (Paul Dano). Avec l’aide de l’enfant qui l’accompagne qui lui sert à attendrir ceux à qui il achète des terres, Plainview va peu à peu étendre son empire en s’appropriant les terres tout comme Eli Sunday s’approprie les âmes...

     

    Evidemment quand il est question de pétrole et d’ouest américain, on pense immédiatement à « Géant », pourtant si ce ne sont les paysages et la fascination pour l’or noir, rien à voir ici avec le chef d’œuvre de 1956, de George Stevens.

     

    Dès le premier quart d’heure, muet, nous suivons Daniel Plainview, dans les entrailles de la terre, et dès ce premier quart d’heure, grâce à la virtuosité de la mise en scène de Paul Thomas Anderson et , par l’ambiguïté intrigante et captivante du personnage de Daniel Plainview magistralement et/ou excessivement interprété par Daniel Day Lewis, nous sommes envoûtés, comme nous le serons pendant les 2H38 de ce voyage terrifiant et fascinant dans les entrailles de la terre, dans les paysages et cœurs arides et surtout, dans les profondeurs d’une âme torturée et tortueuse que nous suivons dans sa descente aux enfers de 1898 à 1927.

     

    Intrigués parce que nous nous demandons d’abord s’il est guidé par la seule soif de l’or noir, (S’attache-t-il vraiment à H.W ou n’est-il qu’un outil dans sa quête ?) guettant ses lueurs d’humanité d’abord, de misanthropie ensuite, de folie bientôt, nous demandant lequel entre l’un et l’autre l’emportera, si son humanité n’est que le masque de son avidité, sa philanthropie le masque de sa misanthropie, hypnotisés par son regard comme le sien l’est par ses derricks enflammés, la désolation majestueuse et apocalyptique de ce spectacle grandiose et diabolique. There will be blood. Le titre résonne alors comme un avertissement. Nous voilà prévenus. Le feu sanguinolent va jaillir des entrailles de la terre. Peut-être pas seulement : le sang va jaillir des entrailles de l’homme.

     

    En sortant de ce film, il y a une semaine déjà, mes impressions étaient si fortes et contrastées qu’il m’a fallu plusieurs jours pour digérer cette expérience et vous en parler. Expérience, c’est bien le mot. Etrange. Dérangeante. Cruelle. Fascinante. Hypnotique. Vertigineuse. Grotesque et/ou sublime. Sublime le travail sur le son entre une musique (de Johnny Greenwood) intelligemment dissonante et des sons astucieusement discordants, ainsi effrayants, assourdissants, nous conduisant même à éprouver le malaise ressenti par HW devenu sourd suite à l’incendie du derrick, ou l’agitation interne suscitée par le combat qui semble agiter Daniel Plainview entre ses deux visages, entre sa folie et ses intérêts. Sublime la photographie dichotomique qui reflète le combat interne de Plainview mais aussi celui avec son double : Eli Sunday. Sublime la réalisation inspirée à laquelle Kubrick semble avoir insufflé son énergie créatrice. Sublime le face à face entre le jeune prêtre et Daniel Plainview, apparemment si différents, finalement si semblables : dans leur duplicité, le renoncement à leurs principes par intérêt, leur capacité à hypnotiser, posséder, se mettre en scène, exercer leur emprise et manipuler les âmes, leur folie. Sublime le glissement vers la folie, la solitude, la déshumanisation de Daniel Plainview. C’est d’ailleurs finalement lorsque son visage se montre ouvertement le plus monstrueux (lorsqu’il jette à la figure de H.W le fait qu’il n’est pas son fils) qu’il témoigne, peut-être, enfin, de son humanité : est-ce pas par jalousie ou parce qu’il se sent abandonné, est-ce une manière de témoigner une part d’humanité ? Grotesque à force de vouloir paraître absurde, démonstratrice de sa folie, la scène finale avec Sunday (tel le duel final d’un western, l’affrontement où les deux (anti)héros laissent voir leurs vrais visages, leur gémellité, et à la différence d’un western, ni bons, ni méchants, juste deux hommes dévorés par leur soif de pouvoir l’un sur l’autre, sur les terres pour l’un, sur les âmes pour les deux). Artificiel ce saut dans le temps pour renforcer l’impression de contraste entre les vastes étendues que Plainview semblait dominer et cette luxueuse maison vide, glaciale, obscure, qui semble l’emprisonner.

     

    Alors, au final ?

     

    1802965498.jpg Au final, une expérience fascinante, captivante et éprouvante où le sublime (surtout) côtoie le grotesque (finalement si peu, finalement à l’image du personnage principal dont la construction scénaristique et visuelle épouse la folie), une réalisation inventive, une musique intelligemment discordante, une interprétation parfois outrancière (délibérément, probablement, précisons que Daniel Day Lewis a reçu l’Oscar 2008 du meilleur acteur pour ce film) qui nous fait croire à l’existence de ce Daniel Plainview diabolique, au-delà des frontières du désenchantement et de la folie. « There will be blood » a ainsi été nommé 8 fois aux derniers Oscars, la photographie si expressive de Robert Elswit a également été récompensée. Un film universel, atypique, à voir malgré et pour ses excès, son ostentation, sa démarche ostensible qui m’empêchent néanmoins de le qualifier de chef d’œuvre mais qui me conduisent plutôt à le définir comme une expérience unique, marquante. Un film singulier, courageusement à contre-courant (quoique, ce face à face de l’homme avec la nature, cette ascension puis cette descente aux enfers nous rappellent plusieurs films sortis récemment, je vous laisse les retrouver), à voir, à vivre, à contempler, à éprouver, assurément.

  • Critique de SECRET DEFENSE de Philippe Haïm (à 20H45, ce soir, sur 13ème rue)

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    Les films d’espionnage sont plutôt rares dans le cinéma français, un genre que j’apprécie tout particulièrement, avec pour référence notamment « Les 3 jours du Condor » de Sydney Pollack mais aussi certains Hitchcock (le meilleur du genre étant pour moi « Les Enchaînés » que je ne me lasse jamais de revoir),  j’attendais donc ce « Secret Défense » avec beaucoup d’impatience… et j’avoue ne pas avoir été déçue. Le dernier film du genre qui m’a littéralement scotchée à mon fauteuil du premier au dernier plan est le dernier Jason Bourne,  « La Vengeance dans la peau », auquel ce « Secret Défense » emprunte quelques règles et peut se comparer sans avoir à en rougir…

    Synopsis : Chaque jour, en France, mouvements terroristes et services de renseignements se livrent une guerre sans merci au nom d'idéologies que tout oppose… pourtant, terroristes et agents secrets mènent presque la même vie. Condamnés à la clandestinité, ces stratèges de la manipulation obéissent aux mêmes méthodes. Alex  (Gérard Lanvin) et Al Barad (Simon Abkarian) sont deux d'entre eux. A la tête du contre-terrorisme de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) pour l'un et d'un réseau terroriste pour l'autre, ils s'affrontent en utilisant les armes dont les plus redoutables : les êtres humains. Secret défense raconte leur guerre secrète à travers les destins de Diane (Vahina Giocante), une étudiante recrutée par les services secrets français, et de Pierre (Nicolas Duvauchelle), un paumé qui croit trouver son salut dans le terrorisme. Formés et endoctrinés pour des missions qui les dépassent, tous deux sont pris dans un engrenage auquel ils ne semblent pas pouvoir échapper. Seront-ils, l'un et l'autre, sacrifiés au nom de leurs "nobles" causes ?

    Alors certes Philippe Haïm emprunte certaines règles aux films d’espionnage américains (montage nerveux, parallélisme de la narration, multiplicité de lieux avec cette manière d’inscrire leurs noms sur l’écran si spécifique au cinéma américain…) mais deux éléments  contribuent néanmoins à en faire  un film singulier : la comparaison établie entre les destins  des agents de la DGSE et des terroristes, le jeu de miroirs d’une part et l’énorme travail de documentation et de consultation effectué par le réalisateur d’autre part, ce dernier ayant notamment eu recours à de nombreux consultants (officiers des renseignements, spécialistes du Moyen-Orient, grand reporter...)

    Philippe Haïm a tout d’abord en effet eu l’excellente idée de mettre en parallèle les destins de deux êtres fragilisés, proies  idéales pour devenir un agent, une arme de la vérité d’un côté, une arme des terroristes de l’autre. Même si bien évidemment les motivations des deux « organisations » sont différents, leurs moyens de recrutement et même parfois d’action se révèlent similaires. Elles utilisent, manipulent et parfois broient des individus et recourent à l’illégalité, la manipulation, la violence pour découvrir la vérité pour l’une, pour terroriser de l’intérieur par la peur pour l’autre. Les destins des manipulateurs Alex et Al Barad, tous deux froids et calculateurs, sont donc mis en parallèle de même que ceux de leurs proies, Diane et Pierre. Entre la DGSE et les mouvements terroristes il s’agit d’une partie d’échecs dont Pierre et Diane sont les pions dont la fragilité est exploitée, tous deux en pleine déconstruction identitaire et/ou familiale. Diane a un lourd secret qu’elle ne veut pas que son petit ami (Aurélien Wiik, encore trop rare au cinéma) découvre et dont « le père » Alex la fait chanter. Pierre a rencontré en prison des terroristes en lesquels il croit découvrir une famille et qui vont ainsi l’enrôler, sa mère, son seul lien affectif l’ayant mis à la porte.

    La construction symétrique du scénario atteint son paroxysme lorsque les deux « proies » se rejoignent dans une scène d’une grande intensité qui n’a rien à envier à la saga des Jason Bourne et que je vous laisse découvrir.

    Non seulement la documentation mais l’intelligence du réalisateur en font un film aussi palpitant, distrayant qu’instructif (sur les méthodes de recrutement des deux camps, dans les prisons pour l’un, dans les universités pour l’autre,  sur le fonctionnement de la DGSE, des mouvements terroristes mais aussi sur la situation géopolitique contemporaine) qui évite également l’écueil de tout amalgame entre musulmans et intégristes notamment par les personnages de Leila (Rachida Brakni toujours excellente) et Ahmed (Mehdi Nebbou), agents de la DGSE qui s’attaquent au terrorisme au péril de leur vie, mais aussi à travers de petits rôles qui cherchent à détruire le « système » de l’intérieur.

    Tous les acteurs se révèlent impeccables au premier rang desquels Vahina Giocante,( ici étonnante,  qui sort  de ses rôles habituels d’ingénue sulfureuse, elle est ici parfaite, entre fragilité et détermination) à Rachida Brakni, Catherine Hiegel,  Mehdi Nebbou, Aurélien Wiik, Al Barad  et puis évidemment Gérard Lanvin pour qui « Un agent n’est pas un être humain, juste une arme. Rien de plus », impressionnant de détermination, de froideur, de maîtrise, de charisme dans son costume noir et son attitude imperturbable, et enfin Nicolas Duvauchelle en petit bandit sensible et influençable qui croit trouver le salut et une famille et qui trouvera sa perdition. Alex, Diane et Pierre ont en commun d’être dévorés par la solitude et les acteurs qui les incarnent font passer ce sentiment avec talent et justesse.

    Le seul reproche serait peut-être qu’à force de passer d’un personnage à un autre,  d’un lieu à un autre, (ce qui est certes nécessaire pour que le parallélisme fonctionne) Philippe Haïm lâche momentanément notre intérêt qu’il raccroche néanmoins rapidement. Peut-être aurait-il été intéressant de creuser la relation entre Jérémy et Diane, mais il est vrai que là n’était pas le sujet...

    La mise en scène est aussi nerveuse qu’efficace :  la caméra à l’épaule qui reflète le chaos intérieur des personnages, les gros plans qui reflètent leur détermination ou leurs doutes, leurs failles, le montage nerveux, le jeu de miroirs (au propre comme au figuré). Les décors entre couleurs grisâtres et sombres et couleurs immaculées des couloirs de la DGSE sans ouverture sur l’extérieur nous plongent aussi d’emblée dans cette atmosphère d’enfermement, de paranoïa, de claustrophobie, de secret, de monde parallèle, insondable, sous-terrain.

    Un film comme on en voit rarement et comme on aimerait en voir plus souvent dans le cinéma français qui a de surcroît le courage de s’attaquer à un sujet qui de part et d’autre risque de susciter des inimitiés mais dont le travail de documentation et la subtilité, l’absence de manichéisme constituent une réponse préalable et irréfutable aux critiques.

    Un film de genre haletant, très documenté, populaire et exigeant, aux interprètes irréprochables qu’ « In the mood for cinema » vous recommande.

    Durée : 1H40

    Site internet officiel du film : http://www.secretdefense-lefilm.com

    Sortie en salles : le 10 décembre 2008

  • Programme complet du 2ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule

    Retrouvez également cet article sur mon site http://inthemoodforfilmfestivals.com.

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    L’an dernier, j’avais eu le plaisir d’assister à la première édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (dont vous pouvez retrouver mon compte rendu complet et détaillé ci-dessous, à la fin de cet artile).

    Au-delà de sa convivialité et de sa belle programmation, ce festival avait été une réussite en nombre d’entrées avec plus de 7.000 spectateurs en 4 jours!

     La seconde édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, aura lieu pendant cinq jours -au lieu de 4 l’an passé-, du 11 au 15 novembre prochain (week-end du 11 novembre). Elle s’annonce au moins aussi réussie que l’an passé avec un programme pour le moins enthousiasmant et réjouissant! J'aurai le plaisir de vous la faire vivre en direct sur twitter (@moodforcinema) et sur mes différents blogs et sites et surtout sur http://inthemoodforfilmfestivals.com.

    Parmi les 6 films en compétition, outre les belles avant-premières au programme dont vous retrouverez le descriptif détaillé ci-dessous, vous pourrez notamment voir le bouleversant « Janis » d’Amy Berg dont je vous propose ma critique ci-dessous.

    De nombreux invités prestigieux sont attendus, en plus des membres du jury: Michel Legrand, George Chakiris, Jacques Perrin (invités d’honneur), Sandrine Bonnaire et Jacques Higelin (pour un documentaire que j’attends avec grande  impatience-cf ci-dessous-, François-Xavier Demaison, Diane Kurys, Pierre Deladonchamps, Orelsan…

    La nouvelle affiche de ce deuxième Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule est déjà un bon présage. Des parapluies joyeusement multicolores s’y envolent pour laisser la place au soleil, une référence au film « Les Parapluies de Cherbourg », réalisé par Jacques Demy en 1964 avec dans le rôle principal Catherine Deneuve et dont la musique a été composé par Michel Legrand  à qui le festival rendra hommage cette année et avec un  concert duquel le festival  se clôturera majestueusement.

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  • De retour...: projets, films et actualités à ne pas manquer!

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    Ecrire sur les films, c'est passionnant, mais raconter des histoires, écrire des romans et un film l'est encore plus. Au premier rang des multiples raisons de ce silence de 15 jours sur internet, la concrétisation d'un projet dont je vous parlerai plus longuement bientôt. Je peux en tout cas vous annoncer que mon nouveau roman sera publié en papier  (mais aussi en numérique) au printemps prochain dans une maison d'édition que je suis fière de rejoindre à cette occasion, une nouvelle qui me réjouit tout particulièrement. Elle en précédera d'autres qui devraient ravir les lecteurs de livres en papier.

    En attendant de vous faire suivre ici cette nouvelle aventure et ses différentes étapes, voici quelques films du mois passé qu'il ne faut pas manquer (et que vous pouvez donc encore rattraper) et des films prochainement à l'affiche que je vous recommande. Après plus de 15 jours d'absence, je reviens en effet pour vous livrer mes coups de cœur cinématographiques des semaines passées et à venir. Le blog reprendra ensuite un cours normal.

    Retrouvez-moi également en direct du  2ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule du 11 au 15 novembre. Retrouvez mon article sur le programme complet, en cliquant ici. Vous y trouverez aussi toutes les informations pratiques pour venir au festival et toutes mes bonnes adresses à La Baule.

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    Je suis également de retour sur les réseaux sociaux. Retrouvez mon actualité sur twitter (@moodforcinema), instagram (@sandra_meziere) et Facebook (http://facebook.com/inthemoodforcinema).

    Bientôt également de nouveaux concours qui vous permettront de gagner: des bijoux (sur http://inthemoodforhotelsdeluxe.com qui fait désormais une large part à la mode), des CD qui devraient ravir les amoureux de Scorsese (sur http://inthemoodforfilmfestivals.com) et d'autres belles surprises...

    MADAME BOVARY de Sophie Barthes

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    Dans cette nouvelle adaptation de « Madame Bovary » (oubliée du palmarès du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville), Sophie Barthes a choisi d’insister sur les difficultés économiques d’Emma qui dépense sans compter pour échapper à la monotonie de son existence. Comme dans le roman de Flaubert, Emma Rouault (Mia Wasikowska), tout juste sortie du couvent, épouse Charles Bovary (Henry Lloyd-Hughes), un médecin de campagne qui se réjouit d’avoir trouvé en elle la compagne parfaite. Emma occupe ses journées à aménager sa nouvelle demeure, dessine, joue du piano et reçoit avec élégance ses invités. Cette vie monochrome auprès d’un époux dénué de tout raffinement est bien loin des fastes et de la passion auxquels pourtant elle aspire. Ses rencontres avec le marquis d’Andervilliers (Logan Marshall-Green), le jeune clerc de notaire Léon (parfait Ezra Miller), et Monsieur Lheureux (Rhys Ifans, sournois et mielleux à souhait), un habile commerçant, vont lui donner, un temps, une nouvelle envie de vivre.

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    Tout me semblait avoir été dit sur le roman de Flaubert, qui en plus des nombreuses adaptations auxquelles il a déjà donné lieu (Renoir, Minnelli, Chabrol pour les plus remarquables) ne cesse d’inspirer des personnages de films qui empruntent à la mélancolie ou au bovarysme, affliction que ce chef d’œuvre littéraire a inventée et fait entrer dans le langage commun (défini par Flaubert comme «  la rencontre des idéaux romantiques face à la petitesse des choses de la réalité » en général suscité par des lectures romanesques). Et pourtant… dès les premiers plans qui placent d’emblée le film sous le sceau de la tragédie, cette course effrénée d’Emma, bouleversée, dans la manière de mettre en scène (la nature, les costumes), cette Madame Bovary semble exhaler le parfum des mots de Flaubert, chaque plan en retranscrivant ainsi la subtilité, la sensibilité, la mélancolie tragique, nous donnant des informations supplémentaires sur les états d’âme d’Emma, les images si soignées et signifiantes rendant hommage aux mots scrupuleusement choisis de Flaubert auxquels le film est parfois infidèle dans les événements mais fidèle dans l’esprit (Emma n’a pas d’enfant ici, la petite Berthe est ainsi absente du scénario).

    Sophie Barthes met ainsi en lumière la modernité du roman de Flaubert et des aspirations d’Emma : se sentir libre de vivre sa vie, ses passions, croyant les trouver dans les apparences et la consommation à outrance. Le paysage et les costumes vibrent à l’unisson avec les variations psychologiques d’Emma, cette femme emmurée dans les conventions, dans sa vie trop paisible et routinière de provinciale qui par les dépenses et la passion (ou plutôt son illusion) va croire y échapper.

    L’élégance de la réalisation et son intelligence (dans l’utilisation des couleurs, de la lumière, des décors, des costumes) sont d’une beauté triste à couper le souffle et rendent un sublime hommage au roman de Flaubert et, plus encore qu’à sa modernité, à son intemporalité.

    Dans le rôle d’Emma Bovary, Mia Wasikowska est parfaite, moins revêche que l’était Isabelle Huppert (non moins parfaite) dans l’adaptation de Chabrol. Sophie Barthes semble ainsi regarder Emma Bovary avec plus d’indulgence que ne le faisait Chabrol et lui apporter une douceur et une fragilité qu’elle n’avait pas dans l’adaptation chabrolienne.

    A découvrir en salles en France le 4 novembre 2015.

     

    LE FILS DE SAUL de Laszlo Nemes

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    Ci-dessus, Laszlo Nemes lors de la conférence de presse des lauréats du 68ème Festival de Cannes.

     

      « LE FILS DE SAUL» de László Nemes, grand prix du Festival de Cannes 2015, est un film qui DOIT être vu, montré, dans les écoles et ailleurs, parce que c’est plus que jamais nécessaire de ne pas oublier jusqu’à quelle inimaginable ignominie la haine de l’autre a pu mener,  un grand film, ce film dont Thierry Frémaux en conférence de presse d'annonce de sélection Festival de Cannes avait parlé comme d’un « film qui fera beaucoup parler », le premier premier film à figurer en compétition officielle du Festival de Cannes depuis 4 ans.

    L’action se déroule en Octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie.

    La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister.

    Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée.

    László Nemes s’est beaucoup inspiré de « Voix sous la cendre », un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire… Ma palme d’or du Festival de Cannes 2015. Sortie en salles le 4 novembre 2015.

    MON ROI de Maïwenn (en salles depuis le 21 octobre 2015)

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    Vincent Cassel, dans son meilleur rôle (celui de Georgio) suscite chez Tony (Emmanuelle Bercot), une passion étouffante et destructrice qu’elle se remémore alors qu’elle est dans un centre de rééducation après une chute de ski. Une relation amoureuse tumultueuse mêlant « joie et de souffrance » chères à Truffaut.

    Un film qui exerce le même charme, doux et âpre, la même fascination troublante que le personnage principal. Le spectateur est lui aussi sous emprise. Vincent Cassel est un Georgio diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir.

    Plutôt que d’en faire un pervers narcissique caricatural, Maïwenn lui dessine des failles (une relation au père puis à sa disparition moins indifférente qu’il voudrait le laisser paraître).

    Face à Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot incarne corps et âme cette femme aveuglée par l’amour qui aime follement dont, justement, le corps et l’âme souffrent et vibrent pour et par cet homme.

    Maïwenn n’a peur de rien, ni d’appeler son personnage féminin « Marie-Antoinette » (d’où Tony), ni du mal au genou parce que mal au « je nous », c’est ce qui agacera ou charmera mais cette audace fougueuse est plutôt salutaire dans un cinéma français parfois trop aseptisé.

    Un film qui, dès les premières minutes, où Tony se jette à corps perdu dans le vide, nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde et jusqu’à la très belle scène finale.

    A signaler : un Louis Garrel sous un nouveau jour, irrésistiblement drôle, qui apporte une respiration dans cet amour étouffant.

    Après le prix du jury en 2011 pour « Polisse », avec son quatrième film seulement, Maïwenn confirme être une cinéaste de talent avec laquelle il va falloir compter.

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    Un rôle qui a valu à Emmanuelle Bercot le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2015 pour lequel elle a vivement remerciée sa réalisatrice et son partenaire :

    -« Mon bonheur de devoir partager ce bonheur avec une actrice car un peu trop grand pour moi toute seule car ce prix récompense son audace, son sens aigu de la liberté, son anticonformisme. »,

    -« C’est difficile pour moi d’être ici sur cette scène sans Vincent Cassel. Vincent Cassel, mon roi c’est toi et moi, je sais ce que je te dois. » ,

    - « Merci à ce jury qui visiblement a la même dinguerie que Maïwenn, le même sens de la liberté, de la non convention. Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves. »

    THE LOBSTER de Yorgos Lanthimos

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    Dans un futur (très- trop ?- proche), toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. C’est ce qui attend David incarné par Colin Farrell qui se retrouve dans ce fameux hôtel luxueusement glacial avec d’autres célibataires parce que que sa compagne vient de le  quitter. Moins conformiste que les autres qui choisissent généralement le chien (comme son frère qu’il traine  partout où il va), il opte pour le homard parce qu’il vit longtemps, qu’il a le sang bleu et qu’il a toujours aimé l’eau. Ceux qui trouvent l’âme sœur auront droit à une chambre plus grande, voire à un enfant (parce que « cela aide en cas de difficultés ») et, régulièrement, des démonstrations par l’absurde, leur prouvent les avantages de la vie à deux comme…ne pas mourir étouffé si on avale de travers. Pour échapper à ce destin, David s’enfuit et rejoint alors un groupe de résistants : les Solitaires …dont les règles sont aussi sectaires que celles du groupe qu’il vient de quitter.

    Un film déroutant, cinglant, burlesque, métaphorique, inventif, dans lequel l’homme est un loup pour l’homme (littéralement) –ou un Rhinocéros aurait dit Ionesco, la rhinocérite dans sa pièce éponyme métaphorisant une autre forme de totalitarisme-, profondément égoïste et dont la fin n’est pas décevante comme l’ont déploré certains commentateurs mais au contraire illustre brillamment ce propos. Le couple devient un totalitarisme condamnant le solitaire à l’animalité, excluant tout sentiment.

    Un film intelligemment singulier qui regorge de trouvailles insolites, certes sous influences, notamment de Buñuel (« Un chien andalou »), mais qui ne ressemble à aucun autre… Même l’univers amoureux est régi par des lois, des règles. Pour former un couple les individus doivent avoir un point commun (une myopie, un saignement de nez) et sont bien souvent conduits à mentir pour se conformer à ces principes. La spontanéité n’existe plus. Par l’absurde et la dystopie, Lanthimos souligne les contradictions de notre société, et ses tentations totalitaires. La photographie grisâtre, les ralentis, sont au service de cet univers régi par des règles implacables.

    Colin Farrell est méconnaissable et parfait pour incarner cet homme égaré entre ces deux mondes sectaires et conformistes. Un film constamment inattendu qui regorge de trouvailles (souvent au second plan), comme une gestuelle décalée, parfois « animalière ».

    Un ton  incisif, caustique et une incontestable inventivité visuelle au service d’une brillante satire de notre société qui condamne à s’identifier à des modèles…ou tuer l’autre pour exister. Brillant !

    IRRATIONAL MAN de Woody Allen

     

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    Irrational man, c’est LA nouvelle comédie de Woody Allen pour le cinéma duquel, définitivement, le terme « jubilatoire » semble avoir été inventé.   Ce film d’une gravité légère mêle savoureusement ironie et noirceur qui culminent dans une scène de meurtre sur une musique joyeuse, un petit bijou d’ironie. Comme dans  Match point, mensonge, hasard, Dostoïevski (forte influence à nouveau de Crime et châtiment) se mêlent, bien que ce film soit plus léger que son chef d’œuvre précité. Woody Allen possède toujours ce talent admirable, et qui n’appartient qu’à lui, pour exposer une scène et écrire des dialogues caustiques avec toujours ce regard mordant, incisif sur les êtres, la vie, l’amour, la mort. La fin  résonne comme un écho à celle de Match point, ou peut-être bien son châtiment. Savoureux !  Joaquin Phoenix est parfait dans ce rôle de professeur de philo dépressif qui trouve une bien curieuse raison de vivre que je vous laisse découvrir (en salles depuis le 14 octobre). Face à lui, la pétillante Emma Stone et la trop rare Parker Posey. 

    YOUTH de Paolo Sorrentino

     

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    « Youth » de Paolo Sorrentino est une symphonie visuelle éblouissante qui fait valser jeunesse, vieillesse et désirs, hymne au pouvoir émotionnel de l’art, un film qui a séduit certains festivaliers de Cannes où le film figurait en compétition officielle autant qu’il en a agacé d’autres (le film a été applaudi et hué lors de sa projection presse) et je fais partie de la première catégorie.

    Tout comme « La grande Bellezza » nous parlait de laideur et non de beauté, « Youth », logiquement ne nous parle pas de jeunesse mais de vieillesse, de ce qui reste quand le temps saccage tout ou l’histoire de deux amis, l’un chef d’orchestre (formidable Michael Caine) et l’autre réalisateur (Harvey Keitel) qui profitent de leurs vacances dans un hôtel au pied des Alpes. Quand l’un a abandonné sa carrière depuis longtemps, l’autre travaille sur son dernier film…

    A voir aussi pour l’apparition remarquée et remarquable de Jane Fonda.

    Nostalgique et caustique, élégant et parfois à la limite du vulgaire, jouant de saisissants contrastes entre les corps marqués par le temps et ceux d’une jeunesse presque irréelle, entre l’apparence de sagesse et de calme (du paysage et des personnages) et ce qu’ils dissimulent, entre le souvenir du passé et sa réalité, « Youth », à l’image de son titre aime à se jouer des paradoxes, des contrastes, des trompes-l’ œil au cœur de ce paysage trompeusement serein.

    NOTRE PETITE SOEUR de Kore-Eda

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     Notre petite sœur » de Kore-Eda fut mon premier coup de cœur du dernier Festival de Cannes, un film qui raconte l’histoire de trois sœurs qui se rendent à l’enterrement de leur père qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant et qui, à cette occasion, font la connaissance de leur demi-sœur qu’elles décident d’accueillir dans leur grande maison familiale. Un film lumineux qui évoque avec beaucoup de délicatesse, l’indicible douleur de l’absence et des douleurs enfouies. Cette adaptation d’un roman graphique aurait mérité une plus longue ovation que celle, fugace, reçue lors de sa projection officielle.

    Et toujours visible sur YouTube: HUMAN de Yann Arthus-Bertrand

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    Après avoir été présenté au siège des Nations Unies à New York, à la Mostra de Venise (hors compétition) et à la Fête de l’humanité, le même jour et dans sa version cinématographique, ainsi que dans 500 cinémas en France, « Human », le documentaire de Yann Arthus-Bertrand a été diffusé le 29 septembre, à 20H55, sur France 2. C’est cette version (plus courte que la version cinématographique mais non moins intense) que j’ai visionnée pour vous et dont je tenais absolument à vous parler aujourd’hui. Cette soirée événement s’achèvera à 4h00 du matin. En plus du documentaire, vous pourrez en effet ainsi découvrir un ensemble de programmes auxquels le projet a donné lieu qui seront tous en replay sur Pluzz pendant 30 jours.

     

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    « Home », le précédent film de Yann Arthus-Bertrand sorti en 2009 était un hymne à la terre qui nous expliquait que, en 200 000 ans d’existence, l’Homme avait rompu un équilibre fait de près de 4 milliards d’années d’évolution. Certaines images restent encore gravées dans ma mémoire : ces tours insolentes et dévastatrices qui conquièrent le ciel de Shanghai (3000 tours érigées en 20 ans), ces villes tentaculaires qui se gorgent d’eau face à ces étendues asséchées, dans d’autres endroits de la planète, où elle est une quête quotidienne et vitale (500 millions d’Hommes habitent ainsi des contrées désertiques !), cette sidérante standardisation, jusqu’aux pavillons de Pékin qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de Palm Springs, autant de témoignages de la construction à outrance, comme encore la monstruosité bétonnée de Dubaï qui contraste tellement avec l’image sublimement   simple et rare qui lui succède, celle d’une baleine qui nage dans la mer. Je me souviens aussi de l’exemple très parlant de l’île de Pâques où la civilisation n’a pas survécu après avoir été exploitée jusqu’au bout, autrefois une des plus brillantes.   Plus manichéen que « Human », « Home » opposait ainsi la culture dévastatrice à la nature bienveillante, une opposition alors appuyée par une musique angoissante lorsqu’étaient montrées des mégalopoles ou une musique lénifiante et rassurante quand il s’agissait des paysages vierges de toute habitation.

     

     

    Six ans plus tard sort donc « Human », un projet salutairement fou, incroyablement ambitieux, utopiste, (planétaire !), dont la réalisation a nécessité 3 ans, 110 tournages dans 65 pays, pour recueillir 2020 récits de vie dans pas moins de 63 langues grâce à une équipe de 16 journalistes, 20 chefs-opérateurs, 5 monteuses et 12 personnes pour la production.

     

    Quels que soient le pays, les cultures, l’âge ou les religions, les personnes qui ont recueilli les témoignages ont soumis aux participants les mêmes questions essentielles autour de la condition humaine, ces questions que nous préférons en général ne pas nous poser car elles nous mettent face à la vanité, peut-être la vacuité, en tout cas la finitude de nos existences :

     

    Vous sentez-vous libre ? Quel est le sens de la vie ? Quelle est l’épreuve la plus difficile que vous avez dû affronter et qu’en avez-vous appris ? Quel est votre message pour les habitants de la planète ?…

     

    Ces témoignages sont entrecoupés d’images aériennes inédites d’une beauté vertigineuse, fulgurante, étourdissante qui subliment la planète ou parfois mettent l’accent sur ses drames écologiques.

     

    D’abord, d’emblée, se succèdent des visages sur fond noir face caméra que cette sobriété met en relief. Autant de regards. D’histoires. D’expressions. Des parcours de vie. Un visage sur lequel coule une larme. Des yeux qui se ferment. Qui ouvrent sur un paysage désertique d’une beauté époustouflante. Tel un rêve. Des hommes gravissent ensuite cette montagne désertique sur laquelle apparaît le titre « Human » comme une parabole de toutes ces destinées éprouvées mais combattives qui vous nous happer dans leurs récits et face auxquelles, cette fois, nous ne pourrons détourner le regard. Une musique qui fend l’âme parachève l’ensemble.

     

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    Puis cela commence réellement par le témoignage bouleversant d’un homme qui fut battu par son père : « Je me souviens… ». « Pendant de nombreuses années j’ai cru que l’amour devait faire mal. » Je vous laisse découvrir son poignant témoignage comme le seront tous ceux qui vont lui succéder exacerbés par ce dispositif qui donne l’impression que chacun d’entre eux s’adresse directement à nous, qui renforce la résonance de certains drames ou bonheurs, qui renforce la force des mots, des visages, des regards, des silences, annihilant les différences pour souligner les peurs, les révoltes, les aspirations communes. Comme un miroir des nôtres. Des moments de vérité face auxquels il est impossible de rester insensible qui nous bousculent, nous heurtent, pansent -un peu- ou avivent nos plaies par l’écho ou la prise de conscience qu’ils provoquent.

     

    Ce dispositif singulier nous contraint judicieusement à regarder, à affronter le regard de l’autre alors que notre attention est sans cesse sollicitée, dispersée, aveuglée nous faisant éluder les questions essentielles auxquelles ces témoignages nous confrontent. Pendant les témoignages, d’autres visages défilent sur l’écran, soulignant ainsi l’universalité des propos.

     

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    Les images aériennes inédites sublimées par une musique ensorcelante signée Armand Amar créent une respiration entre les témoignages et soulignent la beauté sidérante et hétérogène du monde. Le reflet du ciel dans les rizières. Le soleil qui se réverbère dans le bleu azuré de la mer. La spectaculaire et terrifiante fureur des océans. Les méandres improbables et fascinants du salar d’Uyuni en Bolivie. Ces enfants qui chevauchent dans les steppes mongoles. Des images poétiques, envoûtantes, lyriques qui ressemblent parfois à des tableaux abstraits comme un contrepied au réalisme et à la sobriété des témoignages.

     

    Ces images sont aussi parfois tristement absurdes quand l’humanité et la singularité s’égarent dans l’uniformité que ce soit celle de cette vague humaine de Chinois à Chengdu avec leurs bouées colorées ou celle qui lui succède de cette multitude de mariés en noir et blanc. Comme un écho à ce building avec tous ces bureaux uniformes. Derrière une vitre y apparaît ainsi un homme seul au téléphone. Lui succède l’image d’un homme lui aussi seul sur une montagne dans le désert. Des multitudes. Des solitudes. Par-delà les océans et les frontières. Les disparités et les paradoxes du monde sont alors flagrants et parfois dans un même pays comme le souligne le témoignage de cet homme qui raconte comment, en Inde, ceux qui ont fui à cause de la crise de l’eau se retrouvent, dans le même pays, à construire des buildings avec des piscines à chaque étage rivalisant de gigantisme et de luxe ostentatoires.

     

    Tant d’images, de visages mais de mots aussi qui vous bousculeront longtemps après la projection  comme ceux de cet enfant, « Je n’ai pas peur de la mort si c’est pour la Syrie », Comme cette femme qui crie « on est train de mourir. Mais personne ne nous écoute. » Et tant d’autres : « Tout cela a fait naître en moi l’amour de la haine, l’amour de la vengeance. L’homme ne nait pas avec ces sentiments-là, ils s’installent avec le temps, avec ce qu’on vit. » A hauteur d’hommes, les témoignages soulignent l’absurdité des conflits récurrents qui déchirent la planète à l’image du conflit israélo-palestinien lorsqu’un Palestinien puis un Israélien témoignent de la mort de leurs filles qu’il a provoquée et appellent pareillement au pardon et à la paix.

     

    « Human » possède la vertu inestimable de donner du temps à la parole et aux silences quand le fonctionnement médiatique actuel, dans l’urgence et dans l’immédiateté, condamne la première à être si souvent résumée, caricaturée, interrompue et le second à être banni alors qu’il peut être, comme il l’est parfois dans ce documentaire, si bavard et riche de sens.

     

    Bien plus qu’un documentaire et un projet salutairement naïf et pharaonique, « Human » est un voyage émotionnel d’une force redoutable, une démonstration implacable de la réitération des erreurs de l’humanité, une radiographie saisissante du monde actuel, un plaidoyer pour la paix, pour l’écoute des blessures de la planète et de l’être humain dans toutes leurs richesses et leurs complexités, une confrontation clairvoyante, poignante au monde contemporain et à ceux qui le composent.

     

    Si je ne devais retenir que deux phrases, ce seraient sans doute celles-ci, un appel à l’humanité et aux réminiscences d’enfance, que nous portons tous en nous :

     

    -« N’oubliez pas qui vous êtes et souriez toujours car sourire est le seul langage universel. »

     

    -« La vie c’est comme porter un message de l’enfant que tu as été au vieillard que tu seras. Il faut faire en sorte que ce message ne se perde pas en route. »

     

    Un documentaire nécessaire, d’une bienveillance, d’une empathie et d’une utopie salutaires quand le cynisme ou l’indifférence sont trop souvent glorifiés, et parfois aussi la cause des tourments et les ombres du monde que « Human » met si bien en lumière. Préparez-vous à être emportés par ce torrent d’émotions.  A voir absolument !

     

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    A voir en complément : « La glace et le ciel » de Luc  Jacquet en salles depuis le 21 octobre 2015 et dans lequel le réalisateur de « La Marche de l’Empereur » (Oscar du meilleur documentaire en 2006), braque de nouveau sa caméra sur la fragile beauté de la nature avec ce portrait de Claude Lorius, glaciologue, l’homme qui a scientifiquement prouvé l’inexorable réchauffement climatique.

    Le cinéaste capte la beauté fragile et éblouissante d’une nature en péril pour souligner la nécessité impérieuse de prendre conscience de l’urgence de la situation. La phrase finale du film, bouleversante, est un appel à l’action et la résistance résumant le message de ce film fort et là aussi indispensable. A voir, a fortiori, en amont de Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.)