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  • Résumé du mercredi 18 Mai 2005(huitième jour du festival de Cannes 2005)

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    Cela fait déjà une semaine que le festival a débuté et dans cette ambiance constamment euphorisante, on perd tellement la notion du temps que je croyais n’en être encore qu’aux prémisses du festival. Aucun film n’a encore fait l’unanimité ou suscité de déchaînements passionnés, les deux critères essentiels pour distinguer une palme d’or lors de sa projection dans le Grand Théâtre Lumière. Pas de projection nimbée de mystère à l’exemple de celle de « 2046 » de Wong Kar Waï l’an passé, ni de polémique dynamisante à l’exemple de celle suscitée par Michael Moore et son documentaire. Cannes sans scandales ni excès n’est plus Cannes et il faut avouer que cette année l’un et l’autre font cruellement défaut. L’évènement du jour semble être « Sin City » de Franck Miller et Robert Rodriguez, premier « film-bd » de l’histoire du cinéma, symbole de l’ouverture croissante du festival aux grosses productions américaines. Les premiers échos des festivaliers qui ont assisté à la projection du matin sont plutôt négatifs « Sin City » ne serait qu’une démonstration esthétique sans réel scénario ou plutôt doté d’un scénario grandguignolesque. Choc visuel à défaut d’être un choc scénaristique et cinématographique « Sin City » est une histoire improbable qui se déroule dans une atmosphère glauque, et qui n’est à la hauteur ni de ses promesses, ni de son casting. Reste la prouesse esthétique, indéniable. Dommage donc qu'il y ait un tel hiatus entre le fond (affligeant) et la forme (époustouflante). Les organisateurs désiraient-ils simplement attiré davantage l’attention sur un évènement qui, avec les jeux olympiques, est le plus médiatisé au monde ? Evènement tronqué en tout cas. Tout juste la montée des marches se clôt-elle par l’arrivée surprise de Liza Minelli, du moins annoncée comme telle.

    Je préfère donc me remémorer le réel évènement cinématographique du jour, le troisième long-métrage des frères Larrieu au titre poétiquement énigmatique « Peindre ou faire l’amour ». Les premières minutes me plongent dans la perplexité devant le classicisme outrancier de cette ébauche, m’interrogeant encore une fois quant aux critères du choix de ce film dans la compétition qui débute avec l’achat d’une maison de campagne par William (Daniel Auteuil) et Madeleine (Sabine Azéma). La demeure de leurs voisins prend feu. Ils décident de les héberger... mais progressivement s’opère un glissement subtil du classicisme vers le transgressif, le tout apparaissant comme un vaste trompe l’œil habilement dépeint. Quelques murmures dans la salle… De malaise ? Non, le festivalier en a vu bien d’autres, le festivalier, surtout celui-là se doit d’afficher un flegme imperturbable, témoignage ostensible de sa vie de baroudeur des salles obscures qui a tout vu tout connu. J’espère ne jamais lui ressembler. Murmures de surprise donc devant ce glissement du visible vers l’imprévisible avec pour guide un aveugle dans cette confusion des sentiments (Sergi Lopez) intelligemment mise en scène entre obscurité dissimulatrice et récit elliptique. Film amoral et trompeusement désinvolte qui vous laisse le souvenir troublant et entêtant d’un parfum sensuel, tantôt charmant, tantôt agaçant… mais assurément singulier.

    Cannes ne serait plus Cannes non plus sans ses soirées où le festivalier va autant pour voir que pour être vu à défaut d’entendre en raison d’une cacophonie assourdissante, soirée où à peine arrivé la question existentielle sera de savoir où il ira ensuite et après laquelle un autre festivalier plein d’empathie et compatissant lui dira que la meilleure soirée était celle où il n’était pas, forcément. Cannes tentaculaire et sa frénésie filmique et festive, soûlante et fascinante à la fois. La nuit tombée, la Croisette devient un vaste camp retranché et une symphonie visuelle et mélodique…à défaut d’être mélodieuse. Loin du vacarme tentateur de la Croisette, ce soir, je me décide donc à aller au club Arte qui paraît-il la surplombe majestueusement. Après avoir passé la journée à montrer son badge puis son invitation puis son sac puis son badge puis son invitation avant d’être menée à sa place par une hôtesse pas toujours affable, le soir venu il faut de nouveau être muni d’un précieux sésame auquel celui de la journée ne vous donne pas forcément accès. Munie de ce sésame en question donc, passée l’heure du crime à laquelle l’invitation indique que les portes du lieu en question s’ouvrent, je me présente devant l’entrée, l’invitation convoitée en évidence. Ladite porte est fermée par un grillage et gardée par trois cerbères plutôt souriants… moi qui croyais que c’était antinomique, Cannes me réserve décidément encore des surprises à cette heure tardive. Après avoir montré le sésame en question et après que la porte se soit ouverte sous l’injonction des cerbères instantanément déridés, on nous guide ensuite jusqu’à l’ascenseur devant lequel est écrit qu’il s’agit d’une résidence et qu’il est recommandé de ne pas faire de bruit. Il me semble que dans les autres soirées la consigne, implicite celle-là, était inverse : cet endroit me plaît déjà. Ascenseur. Porte. Cerbère remplacé par l’hôtesse des lieux. Notre hôtesse donc, dont j’ignore le nom me serre la main puis je serre une seconde main dont je ne connais pas plus l’identité du possesseur. On nous souhaite la bienvenue puis on nous fait visiter les lieux, un immense loft en marbre plongé dans une semie-pénombre doté de DJ et de bar pour l’occasion. Je vais humer l’air estival sur la terrasse qui offre effectivement une vue magnifique sur la Croisette et sa multitude de yachts illuminés venus l’honorer de leur présence à l’occasion du festival. Anonymes et célébrités, artistes en devenir ou reconnus se croisent et devisent en toute discrétion dans ce lieu feutré et clairsemé, hors du temps, de la réalité et surtout du brouhaha de la Croisette et de ses pingouins survoltés.
    19 Mai, déjà. Il est 5H, Paris s’éveille et Cannes s’endort. Dans les brumes de l’aurore et dans celles de mes pensées engourdies je décrypte quelques messages qui me rappellent dans ce cadre enchanteur que j’ai aujourd’hui un an de plus…à nouveau parmi les intemporelles étoiles cannoises.
    Sandra.M

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  • Résumé du mardi 17 Mai 2005: 7ème jour de festival de Cannes

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    Shangaï dreams, tel est le titre du premier film au programme du jour. Un peu d’onirisme enfin en perspective, du moins est-ce ce que laisse présager le titre…mais les rêves ici sont plutôt ceux qui achoppent dans la rude réalité du quotidien. Ce quotidien est celui de l’héroïne de 19 ans qui habite dans la province de Guizhou avec ses parents et son frère. En effet, dans les années 60, sur les recommandations du gouvernement, de nombreuses familles ont quitté les grandes villes chinoises pour s’établir dans des régions pauvres, afin d’y développer l’industrie locale. Son père pense que leur avenir est à Shangaï. On songe à l’héroïne japonaise de
    « Bashing », elle aussi prisonnière dans son propre pays. Ici aussi elle est prisonnière, prisonnière de l’étroitesse des conventions, une prison que désignent les barreaux de la fenêtre de sa chambre derrière lesquels elle est filmée comme un oiseau épris de liberté et enfermé et que désignent aussi les longues et silencieuses séquences : un silence assourdissant de mal être, d’espoir déchu. Seuls quelques sons brisant le silence reviennent comme un refrain lancinant : le tic tac de l’horloge ou les vrombissements de l’usine comme pour lui rappeler constamment ce présent auquel elle tente d’échapper. Un immense fossé sépare les deux générations avec, paradoxalement, les enfants qui veulent rester d’un côté et les parents qui veulent partir de l’autre. Le fossé devient bientôt un gouffre infranchissable. La tension monte peu à peu, jusqu’à l’explosion fatale, le drame inéluctable dans cette ville maussade où l’amour semble voué à l’échec. La fin est bouleversante d’intensité retenue et rien que pour cela ces rêves là méritent qu’on prenne le temps de les regarder s’envoler.

    De la rudesse du quotidien nous parleront aussi certainement les frères Dardenne, d’une manière différente et avec le talent qui les caractérise, encore auréolés de la palme d’or de « Rosetta » en 1999 et des prix d’interprétation obtenus par Emilie Dequenne puis Olivier Gourmet. Ce quotidien-là est celui de Sonia et Bruno, tout juste majeurs, qui vivent de l’allocation de l’une et des vols de l’autre et qui viennent d’avoir un enfant, Jimmy… mais l’enfant n’est pas ici celui que l’on aurait pu croire. L’enfant c’est ce père qui reconnaît officiellement sa paternité sans jamais avoir regardé son fils, qui agit instinctivement, fiévreusement comme un enfant indiscipliné et capricieux. Il n’a pas de limite, pas de morale et il vend son enfant de 9 jours comme il vend un téléphone portable, cet enfant à qui il n’a pas daigné adresser un regard et dont il nie l’existence avec une cruelle désinvolture comme seuls les enfants savent en faire preuve. Jimmy est toujours au centre de l’image qui nous le désigne ostensiblement mais jamais dans le regard de son père qu’il l’ignore aussi manifestement. On le suit dans sa dérive choqués puis apitoyés guidés, effroyablement hypnotisés même, par l’insouciance âpre de cet enfant égaré magistralement interprété par Jérémie Rénier qui mériterait amplement un prix d’interprétation masculine. Filmé comme un documentaire au plus près de la sordide insouciance ou de la détresse déchirante cet enfant ne nous laisse aucun moment de répit. La caméra frémissante qui épouse sa frénésie enfantine nous incite à quérir le moindre signe de croissance …parce-que c’est peut-être cela avant tout « L’enfant », l’histoire d’une croissance, d’un violent passage à l’âge adulte, d’une rédemption aussi, une de ces histoires qui vous fait grandir, brusquement mais magistralement. « Le cinéma, 24 fois la vérité par seconde » selon Godard. Le cinéma des frère Dardenne, indéniablement en tout cas…

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  • Lundi 16 Mai 2005 (sixième jour de festival de Cannes)

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    La journée s’annonce cinématographiquement chargée. Même si j’ai décidé de me consacrer à la compétition officielle pour en avoir une vue d’ensemble le choix est bien souvent cornélien car la vision du programme alléchant des autres sélections (Un certain Regard, La Quinzaine des réalisateurs, la Cinéfondation, les courts-métrages en compétition, la Semaine de la critique, Cinémas du monde etc) menace mes bonnes résolutions … Bref les tentations cinéphiliques sont perpétuelles. Le meilleur moyen de résister à la tentation est d’y céder selon Oscar Wilde. On ne contredit pas Oscar Wilde : j’inscris donc à mon programme du jour le film de François Ozon « le temps qui reste », en compétition dans la section Un certain regard. Le temps, justement, est à l’orage. Probablement Hélios, en cinéphile averti, désapprouve-t-il la tiédeur de la compétition. Même si je ne peux que l’approuver j’aurais préféré attendre sous un ciel plus clément l’ouverture des marches (bleues celles-là) qui mènent à la salle Debussy où sont projetés les films de la section « Un certain regard ». Une ouverture salutaire des portes met fin à mes réclamations silencieuses. La salle est bondée. De nombreux festivaliers ont été refoulés. Melvil Poupaud et le réalisateur viennent présenter le film, le premier évoquant le plaisir d’avoir travaillé avec le second et en ce lundi de Pentecôte travaillé sujet à controverse, Ozon, quant à lui, excuse ironiquement l’absence de Jeanne Moreau par une grève prétendue … L’ironie ne devrait plus vraiment être au rendez-vous par la suite puisque l’histoire du « temps qui reste »est celle de Romain, un jeune photographe de trente ans qui apprend brutalement qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. Plutôt que de traquer les signes de la maladie ou de signer un film larmoyant sur la mort, Ozon, nous raconte l’histoire d’une réconciliation, celle d’un homme avec lui-même, celle d’un homme qui dit de lui qu’il « n’est pas quelqu’un de gentil ». On suit pas à pas son cheminement et ses photographies qui immortalisent la fugacité du bonheur, jusqu’à la libération finale, écho à la sublime et cruelle fin de « 5 fois 2 », un rayon de soleil aussi paradoxal dans les deux films puisque dans « le temps qui reste » c’est la fin paradoxalement apaisée d’un homme et dans « 5 fois 2 » le début a posteriori douloureux d’une histoire puisque nous en connaissons le tragique dénouement. Une réalisation sobre et non moins brillante transforme ce qui aurait pu être un film désespérément obscur en une leçon de vie et peut-être plus encore en une leçon de cinéma car Ozon a réussi à dresser les portraits de personnages ambivalents, parfois salutairement désagréables ou juste simplement humains, ne tombant jamais dans le manichéisme ou la caricature. La première vraie émotion de ce festival. Dommage qu’il n’ait pas figuré dans la compétition officielle…

    Retour précipité à l’hôtel, l’esprit encore embrumé par le souvenir de ce film poignant puis retour tout aussi précipité sur la Croisette pour voir « Manderlay » de Lars Von Trier. N’ayant pas pu voir « Dogville » lors de sa sélection cannoise, cette fois je suis bien déterminée à voir « Manderlay » malgré les avertissements de somnolence potentielle de mes collègues festivaliers. Peut-être est-ce parce-qu’un cinéphile averti en vaut deux, en tout cas dès les premières minutes mon attention est captivée par l’étrangeté intelligente de la mise en scène et par le jeu d’une justesse prodigieuse de Bryce Dallas Howard (Grace). Me voilà donc arrivée en Alabama, en 1933, plongée dans l’histoire étrange et perturbante de Manderlay, là où l’on vit comme si l’esclavage n’avait pas été aboli soixante-dix ans plus tôt. Lars Von Trier dit lui-même ne pas savoir ce qu’il a voulu dire, probablement évoque-t-il la difficulté si contemporaine à sortir de l’oppression, la difficile instauration et les contradictions de la démocratie. Sa mise en scène déroutante, le jeu de l’actrice principale et donc la direction d’acteurs, la portée politique (bien qu’elle soit assez opaque) de l’ensemble pourraient lui ouvrir les portes du palmarès qui lui étaient restées obstinément closes pour « Dogville ». Inutile de spécifier la mollesse des applaudissements, désormais ritualisée.

    Décidément cette journée est une course contre la montre. A peine sortie de la projection, je me faufile presque machinalement dans la file des festivaliers endimanchés, mon invitation à la main. Irrémédiablement perdue dans mes pensées je ne m’aperçois qu’au bout de quelques minutes que Nicole Garcia est juste à côté de moi, tout aussi endimanchée, et tout aussi patiente. Pour la énième fois je me retrouve dans la situation où j’aimerais transmettre mon admiration au sujet de celle-ci, d’ailleurs en l'espèce davantage pour la réalisatrice que pour l’actrice, et pour la énième fois, à la perspective de ne trouver que des propos fades ou de déranger l’intéressé(e), je choisis la solution « silence respectueux. » Un autre voisin de la file qui l’observe depuis quelques instants ne semble pas avoir autant de scrupules. Il lui rappelle qu’ils se sont connus dans un festival puis pose à ses côtés, rosissant ( probablement davantage de fierté que de gêne, fierté à l’idée de montrer le précieux cliché à ses amis qui peut-être même ne reconnaîtront pas la dame en question vue la célérité à laquelle a été prise ladite photo, et qui opineront poliment du chef d’admiration feinte en réponse au regard inquisiteur et enthousiaste de leur ami ), et prenant bien soin de lui demander si cela ne l’ennuie pas…une fois la photo prise, naturellement. Nous arrivons en bas des marches. Les photographes se bousculent, crient toujours autant, signifiant parfois d’un geste brusque et non moins explicite à une célébrité ou un anonyme qu’elle ou il doit se pousser bien souvent même après l’avoir hélé(e) tout aussi explicitement pour qu’elle ou il pose à l’endroit judicieux. Dans ce brouhaha et ce désordre de flashs je perçois les noms et les visages de Claude Lelouch ou encore celui du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres qui, en ce 16 Mai, célèbre la journée de l’Europe. La périlleuse ascension terminée, je me retrouve à nouveau dans le calme (certes relatif) du palais. Cette fois les applaudissments pour l’équipe du film (Guillaume Canet, Diane Krüger, Dany Boon, Daniel Bruhl…) qui est toujours annoncée lors de son arrivée dans la salle, et montrée sur le grand écran, sont plus chaleureux. Forcément, le film n’est pas en compétition. Le film en question c’est « Joyeux noël » de Christian Carion dont c’est le deuxième long-métrage après « Une hirondelle a fait le printemps » . Ce film est inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée durant la grande guerre, le soir de Noël 1914. En de multiples endroits du front, allemands, français, et anglais se sont réunis pour « fêter » noël, un instant de grâce et de fraternité au milieu de l’horreur absolu...comme un fragment d'Europe avant l'heure européenne! Evidemment le sujet est éminemment cinématographique. Dommage que Carion se soit contenté d’une bonne idée et qu’il n’ait pas davantage complexifié l’intrigue et les relations, assez plates, entre les personnages néanmoins très bien interprétés notamment par Dani Boon que certains comparent ici à Bourvil. Son film reste néanmoins un beau témoignage d’un épisode méconnu de l’Histoire, mêlant à la fois fraternité émouvante et causticité (le public cannois déridé par l’absence d’enjeu a allègrement manifesté son émotion) liée à l’incongruité de la situation.

    Sandra.M

    (photo Sandra.M: les marches vues de l'intérieur du palais)

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  • Dimanche 15 Mai 2005 (cinquième jour de festival de Cannes)

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    C’est de Paris que je reprends le récit de mes pérégrinations cannoises en espérant que mes souvenirs seront aussi fidèles que possibles à la réalité…ou à l’irréalité festivalière.

    Cela deviendrait presque une habitude, délectable habitude néanmoins : vers 9H partir déambuler sur la Croisette direction le palais des festivals en se laissant guider par les premiers rayons revigorants du soleil, croiser déjà des hordes de festivaliers harassés (déjà aussi) , se plier aux contrôles de sécurité du palais, aller chercher au guichet son invitation ou ses invitations pour le(s) film(s) du jour, s’enorgueillir brièvement de sa chance et se réjouir du programme du jour puis se laisser emporter à nouveau dans le tourbillon festivalier avec cette délicieuse sensation que la vie s’y apparentera éternellement. Cette journée là n’est pourtant pas habituelle comme le laisse présager la présence majestueuse du Queen Mary 2 au large destiné à accueillir Georges Lucas qui y recevra le trophée du festival… Evidemment il fallait un bateau à la démesure de ses réalisations, la goélette locale aurait été trop discrète. Ce jour-là est donc celui de « Star Wars : episode 3-revenge of the Sith». Une sorte de frénésie incontrôlable semble s’être emparée de la Croisette. Dommage que les films en compétition ne suscitent pas une telle effervescence et une telle mise en scène. Les marches ont en effet revêtu leurs apparats de fête en accueillant un orchestre interprétant la musique originale du film tant attendu. Je ne partage pas vraiment l’engouement général, ou plutôt l’enivrement général devrais-je dire. Rarement une telle foule se sera pressée aux abords du palais, grisée par la présence de l'équipe du film: Portman, Lucas mais aussi celle de nombreux invités comme Sharon Stone. Beaucoup plus discrète sera la montée des marches du film en compétition qui y succédera : « Quando sei nato non puoi piu nasconderti » ( Une fois que tu es né…) de Marco Tullio Giordana. Je monte les marches à nouveau, marches aussi embouteillées que le métro aux heures de pointe pour cause de retard pris par la projection précédente, puis, fébrile, je prends place, non loin de l’équipe du film, espérant que ce film sera enfin celui qui réveillera Cannes qui me semble endolorie depuis le début du festival. Je songe avec nostalgie aux applaudissements effrénés et joyeusement interminables à l’issue de la projection du « Pianiste » de Polanski, de l’émotion palpable à l’issue de celle d’ « Elephant » de Gus Van Sant, à la tension précédant les premiers extraits de « Gangs of New York » de Scorsese, à la projection jubilatoire de « Playtime » de Tati, à tous ces instants qui ont laissé une trace indélébile dans ma mémoire de cinéphile et de festivalière, et où la salle vivait, vibrait à l’unisson. Je regrette même les sifflets suscités par Haneke et Vincent Gallo les années passées…Cannes semble avoir oublié ses élans passionnés…mais il reste encore une semaine de festival pour qu’elle émerge du brouillard duquel « Star Wars » l’a momentanément sortie.
    Dans « Une fois que tu es né », un jeune garçon de 13 ans tombe à l’eau depuis le yacht familial et est récupéré par l’équipage d’un chalutier bondé de clandestins qui se dirige vers l’Italie, un voyage périlleux après lequel rien ne sera jamais plus pareil. J’aurais aimé me laisser emporter sur les flots par l’utopie de cette histoire, émouvante certes, mais je suis toujours restée sur la rive tant l’intrigue est abracadabrantesque et tant les personnages sont archétypaux avec idéalistes d’un côté et matérialistes de l’autre, un parcours initiatique à la morale stéréotypée effleurant timidement le thème de l’immigration ou celui de l’action humanitaire. Encore raté pour les débordements d’enthousiasme tant espérés…Peut-être les applaudissements se prolongent-ils un tout petit peu plus longtemps mais ce n’est pas encore la cavalcade exaltée. Je doute fort que le film figure au palmarès mais demain est le premier jour du reste du festival...alors tout est encore possible.

    Sandra.M

    (photo: le Queen Mary II au large de Cannes )

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