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Palmarès du 67ème Festival de Cannes: mes pronostics

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Un bon festival est d’ailleurs souvent comme un grand film vous laissant heureux et exténué, joyeusement nostalgique et doucement mélancolique, riche d’émotions et de réflexions, souvent contradictoires , et il faut souvent un peu de recul pour appréhender ces multiples réflexions et émotions qu’il a suscitées, pour découvrir quelles images auront résisté à l’écoulement du temps, aux caprices de la mémoire, à ce flux et flot d’informations ininterrompues, vous disais-je dans mon article avant le festival consacré à ma passion cannoise.

Je vais donc me contredire puisque c'est sans le recul nécessaire et encore bouleversée par le film que je viens de voir, "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako, que je vous livre ici mes choix pour le palmarès que je vous commenterai ce soir après la clôture à laquelle j'aurai le plaisir d'assister.

Quant à mon compte rendu du festival, c'est dans le tout nouveau magazine "Clap" (en kiosques le 16 juin) que vous pourrez le lire même si vous retrouverez ici prochainement mes critiques des films en sélection officielle.

PALME D'OR

 

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Pour moi, et pas seulement parce que je l'évoque sous le coup de l'émotion qui m'a submergée et me submerge encore, un film domine largement cette compétition c'est "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako. Un film d'une beauté flamboyante qui exacerbe encore la cruauté et la folie du fanatisme qu'il dénonce, sans manichéisme, mais avec une intelligence redoutable. Le film parfaitement construit (début et fin se répondant, plans d'une violence implacable) est comme une démonstration sur le cercle vicieux de la bêtise du fanatisme. Je voudrais avoir le temps de vous en parler des heures. Chaque plan est parfait, alliant savamment les contrastes parfois dans la même image (le soleil irradie et illumine une scène profondément triste ou un plan  mis en parallèle avec le précédent illustre toute l'absurdité criminelle et tragiquement drôle du fanatisme). Du début à la fin, j'ai été éblouie par ce film qui relève pour moi de la perfection et dont chaque image, chaque visage (d'une beauté inouïes) resteront gravées en moi. Un film immense. Non seulement le film de ce festival mais aussi le film de l'année. Parce que tout concourt à en faire un très grand film: photographie, mise en scène, écriture mais aussi parce que son sujet est en résonance avec l'actualité et éclaire magnifiquement ses aspects les plus sombres, ce film mérité indéniablement la palme d'or même si Xavier Dolan mériterait la palme de l'inventivité, la maturité, la vitalité, la singularité et l'émotion pour son poignant "Mommy". A mon avis, trois films peuvent prétendre à la palme d'or:

"Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako

"Mommy" de Xavier Dolan (ce qui ferait de lui le plus jeune lauréat de la récompense suprême)

"Still the water" de Naomi Kawase pour sa beauté mélancolique, sa poésie sombre, son universalité.

GRAND PRIX DU JURY

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Idem que pour la palme d'or. J'attribuerais pour ma part ce prix à Xavier Dolan qui signe avec "Mommy" son meilleur film, le plus abouti. Un film qui vous touche droit au cœur. (Je l'attribuerais évidemment à Sissako s'il n'obtient pas la palme d'or qu'il mérite).

Les Dardenne pourraient aussi être de sérieux prétendants avec le bouleversant et ensoleillé portrait de femme qui se relève qu'est leur film "Deux jours, une nuit".

PRIX DU JURY

Je ne vais pas me contredire et donc ce troisième prix, je l'attribuerais à Naomi Kawase pour "Still the water" pour les raisons précédemment évoquées.

Mais... allez savoir: qui sait si le jury ne pourrait récompenser "Adieu au langage" de Jean-Luc Godard ou pourquoi pas décerner un prix spécial pour ce film qui agace ou fascine, déconstruit l'écriture cinématographique et multiplie les références pour nous égarer dans sa pensée absconse.

J'aurais aussi envie d'attribuer ce prix à "Mr. Turner" de Mike Leigh qui mérite aussi incontestablement sa place au palmarès. Un film et un personnage à la fois âpres, rudes et sublimes d’une belle exigence dans les nuances des âmes autant que dans celles des teintes et des peintures.

Autre prétendant sérieux: "Winter sleep" de Nuri Bilge Ceylan par lequel j'ai été captivée pour son sens du cadre et plus encore celui de la psychologie du réalisateur qui sait aussi bien capturer la rudesse des paysages que celle des cœurs, les paysages et les âmes plongés dans l’hiver. Un film à la fois aride et lumineux comme ses personnages principaux que l’on quitte et abandonne à regret à leurs faiblesses attendrissantes et solitudes désarmantes.

"Relatos salvajes" de Damian Szifron pour l'incontestable originalité avec laquelle il montre comment la civilisation peut dégénérer en barbarie pourrait aussi recevoir ce prix.

PRIX D'INTERPRETATION MASCULINE

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Je décernerais ce prix  à un acteur dont j'admire le travail depuis longtemps qui m'avait déjà bouleversée dans "All or nothing" de Mike Leigh, Timothy Spall, parfait pour interpréter  les contrastes de cet homme entre l’extrême sensibilité qu'il met dans son art et la rudesse de ses manières, entre les tourments qu’il exprime dans ses toiles et ceux qu’il ne parvient pas à exprimer autrement, réussissant à peindre les tempêtes qui s’agitent sur les océans et dans son crane mais jamais à les expliciter. 

Le jeune acteur de "Mommy" Antoine-Olivier Pilon le mériterait également pour sa composition de cet adolescent impulsif et violent, ce serait aussi une manière de récompenser le travail de directeur d'acteurs de Xavier Dolan.

La composition nuancée de Gaspard Ulliel dans le rôle de Saint Laurent qu'il porte sur ses épaules pourrait également être récompensée.

Le jeune Maxim Emelianov crève également l'écran dans "The Search" de Michel Hazanavicius.

Je précise que je n'ai pas vu (et rattraperai demain) "Foxcatcher", Steve Carell étant aussi pressenti pour recevoir ce prx.

Enfin, l'acteur de Léviathan Alexey Serebryakov est aussi un sérieux prétendant au titre.

PRIX D'INTERPRETATION FEMININE

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Mon cœur balance entre trois interprètes:

-Marion Cotillard dans "Deux jours, une nuit". Lui attribuer ce prix serait aussi une manière de récompenser le formidable travail de directeurs d'acteurs qu'accomplissent ici, une fois de plus, les frères Dardenne

-Julienne Binoche éblouissante dans la sinueuse, brillante, lucide et passionnante mise en abyme d'Olivier Assayas "Sils Maria", déjà lauréate de cette récompense pour le magistral "Copie conforme" de Kiarostami.

-Anne Dorval dans "Mommy" de Xavier Dolan parce qu'elle est une Mommy magistrale, qu'elle incarne cette femme avec un mélange fascinant de douceur, de dureté (apparente) et d'extravagance.

PRIX DE LA MISE EN SCENE

Si, à ma grande déception, Sissako n'obtenait pas la palme d'or ou le grand prix, il mériterait également ce prix de la mise en scène (même si ce serait pour moi réducteur de lui attribuer "seulement" le prix de la mise en scène). Je l'attribuerais donc soit à Zvyaguintsev, à Leigh ou Ceylan s'ils n'ont pas obtenu un des prix précédemment évoqués.

PRIX DU SCENARIO

La passionnante mise en abyme d'Olivier Assayas pourrait prétendre à ce prix.

 

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Les Dardenne aussi pour leur "réécriture" de "12 hommes en colère" mais également Damian Szifron pour la logique implacable avec laquelle chacune de ses histoires dégénère dans la violence.

 Par ces brefs pronostics (je réfléchis ci-dessus à "haute voix", mes choix figurent en gras), vous aurez compris les films par lesquels j'ai été le plus enthousiasmée. Avant le festival, je le qualifiais de "bulle d’irréalité où les émotions, les joies réelles et cinématographiques, si disproportionnées, procurent un sentiment d’éternité fugace et déroutant". Cette année n'a pas dérogé à la règle, me plongeant dans une palpitante, déroutante, hypnotique fenêtre ouverte sur le monde et sur les rêves.

Rendez-vous ce soir pour la cérémonie de clôture. Je vous invite à me suivre en direct sur twitter sur @moodforcinema et @moodforcannes.

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