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stephen walker

  • Avant-première- « I feel good » de Stephen Walker: mon coup de cœur de cette fin d’année!

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    « I feel good » est un documentaire dans lequel son réalisateur, Stephen Walker, suit le quotidien de Young@Heart, une chorale unique au monde dont la moyenne d’âge de ses chanteurs, résidents d’une petite ville du Massachussetts, Northampton,  est de 80 ans (de 75 à 93 ans !). N’imaginez surtout pas une bande de grabataires plaintifs ânonnant des airs mièvres et surannés lénifiants (je ne citerai pas de noms mais ça vous rappellera probablement quelque chose ou quelques un(e)s). Non, les membres de cette chorale qui porte bien son nom ne chantent que des tubes punk, soul et hard rock, le tout avec une joie et un entrain communicatifs, sous la direction d’un jeune quinquagénaire, Bob Cilman, créateur, manager et chef d’orchestre exigeant de la troupe.

    Le film débute par  des plans d’une foule en délire dans une salle de concert pleine à craquer, puis revient sur les semaines de répétition qui ont précédé ce spectacle.

    Je vous mets au défi de rester insensibles et statiques devant ce documentaire, vrai coup de cœur de cette fin d’année cinématographique. Il a même réussi à dérider la salle de  projection presse : c’est dire…  Ce film est un véritable concentré d’émotions, de vie et de musique. Rien de graveleux ou d’impudique: Stephen Walker a la délicatesse d’écarter sa caméra là où d’autres auraient fait des gros plans racoleurs en ajoutant une musique sirupeuse et mélodramatique. Non : l’émotion ne vient pas de là. Elle vient des personnalités sur lesquelles Stephen Walker s’attarde, des personnalités dont, derrière les rides, les appareils respiratoires, les démarches hésitantes, les voix parfois tremblantes et autres cœurs balbutiants, on perçoit avant tout la joie de vivre transcendée, exaltée, ou simplement suscitée par la musique et des personnes dont, paradoxalement, la première « qualité » n’est pas d’être âgées mais d’être éprises de vie et d’une passion, pour le chant et la musique.

    Stephen Walker s’immisce donc dans la vie de la chorale et peu à peu cerne les personnalités touchantes de ses interprètes : la séductrice Eileen et ses 93 printemps, le persévérant Stan, l’infatigable Steven, la truculente Dora, le touchant Bob, Joe et sa joie de vivre communicative. Les chansons prennent une nouvelle résonance (comme « Nothing compares to you » à un moment crucial), parfois dramatique ou drôle, voire irrésistible.

    Le montage, habile et toujours pudique, entremêle subtilement entretiens avec les membres de la chorale, trajets épiques en voiture, images de leur clips, répétitions et spectacles nous faisant cerner leurs existences, leurs espoirs et désespoirs, et dressant un portrait entraînant mais aussi sans concessions de ces septuagénaires, plus souvent d’ailleurs octogénaires ou nonagénaires, un portrait qui est une véritable cure de jouvence. Il faut les voir reprendre « I feel good » de James Brown avec un enthousiasme et une chorégraphie qui n’ont rien de ridicules mais aussi  « Fix you » de Coldplay, « Should I stay or Should I go » des Clash, un “Yes we can can” -d’actualité!- de Lee Dorsey et cette version -incroyable et qui emporte l’adhésion générale- de "Schizophrenia" de Sonic Youth.

    Au-delà de cette bande originale irrésistible, ce film a un écho universel et poignant dont témoigne cette séquence dans une prison où la chorale suscite l’enthousiasme de ces gros bras aux physiques parfois patibulaires dont certains semblent sur le point de verser une larme et qui terminent par une standing ovation unanime.

    En chacun de ces chanteurs : ce sont en effet nos grands-parents que nous voyons mais aussi un miroir de nous-mêmes, parfois dur dans ce qu’il évoque d’inexorable mais l’espoir et la musique reprennent toujours le dessus, malgré tout, même la mort qui rôde et les rattrape parfois. Un miroir qui en 1H48 nous parle de l’essentiel, de vie et de (et en) chanson qui défient la mort et nous va droit au cœur.

    Un film plein d’espoir, un hymne à la vie mais surtout à la passion, celle qui permet de surmonter les difficultés, la douleur, l’âge, de se surpasser, de narguer la mort même parfois.  Un film drôle et bouleversant qui tord le cou aux préjugés et aux lieux communs sur l’âge. Ce qui aurait pu être pathétique se révèle magique. En 1H48 ce film m’a autant bouleversée qu’il m’a fait rire, et taper des pieds. J’en suis ressortie le sourire aux lèvres et la larme à l’œil,  l’envie de chanter, de danser, de croquer la vie à pleines dents, de la regarder en face aussi, avec ses failles et ses difficultés,  de vivre pleinement ses passions, plus fortes que tout et qui rendent aussi plus fort que tout...et l’envie d’acheter une place pour leur prochaine tournée ! Un film dont on ressort en chantant et pensant « I feel good ».

    Un remake serait en préparation, la société de production Working Title voudrait en faire une fiction. C’est dommage : ce qui constitue la richesse de ce film et qui suscite une telle émotion c’est justement tout ce qui n’est pas prévisible, ce qu’une fiction ne pourra pas retranscrire. Ce film a d’ailleurs reçu de très nombreux prix et notamment le prix du jury et le prix du public au dernier Festival Paris Cinéma. Stephen Walker a réalisé 23 films pour la BBC et Channel 4 mais « I feel good » est son premier film pour le cinéma… et certainement pas le dernier, je l’espère en tout cas !

    Sortie en salles: le 24 décembre

    Durée du film: 1H48

    Site internet du film : http://www.ifeelgood-lefilm.com

    Sandra.M

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