L'affiche du 36ème Festival du Cinéma Américain de Deauville
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Lee Chang-dong est lui aussi un habitué de la Croisette puisque, en 2000, il y présentait déjà son deuxième long-métrage, « Peppermint candy » adapté de l'un de ses romans (il fut d'abord écrivain)et puisque l'actrice Jeon Do-yeon a reçu le prix d'interprétation féminine en 2007 pour « Secret sunshine ». C'est cette fois avec « Poetry » qu'il revient en compétition officielle.
Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C'est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l'amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème.
Elle cherche la beauté dans son environnement habituel auquel elle n'a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l'impression de découvrir pour la première fois les choses qu'elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n'est pas aussi belle qu'elle le pensait.
Un film à la fois doux et âpre, sensible et violent dans lequel la poésie devient une arme contre l'oubli et le désarroi et un moyen de supporter les épreuves de l'existence (et il faut dire que Mija en travers un certain nombre : elle apprend que son petit-fils est l'auteur d'un viol et dans le même temps qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer sans compter qu'elle est seule et sans argent, qu'elle fait des ménages pour vivre et qu'elle doit « dédommager » la mère de la victime...).
Dommage qu'il y ait quelques longueurs, que les malheurs soient un peu trop chargés et que certaines scènes manquent de crédibilité : la résignation de la mère qui accepte d'être simplement dédommagée par les parents des enfants qui ont violé sa fille et l'ont poussée au suicide, ou ce soudain oubli de Mija lorsqu'elle vient d'apprendre qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer et alors que rien ne le laissait présager auparavant.
Grand retour de la comédienne Yoon Hee-jeong absente des plateaux de cinéma depuis 15 ans, sa présence, son jeu tout en nuances, sont néanmoins le grand atout de ce film qui pourrait bien lui valoir un prix d'interprétation. Lee Chang-dong : indéniablement un grand directeur d'acteurs et un grand amoureux des mots...
Alors que cet après-midi nous délibèrerons pour savoir quel film de la compétition internationale recevra le prix du jury blogueurs du Festival Paris Cinéma 2010, hier soir le festival projetait en avant-première "The tree" de Julie Bertucelli, film de clôture du Festival de Cannes 2010. Ci-dessous, ma critique publiée dans le cadre du Festival de Cannes.
Une semaine après la fin de ce Festival de Cannes 2010 dont les souvenirs me trottent toujours dans la tête comme une belle chanson entêtante et enivrante, retour sur le film de clôture, un choix plutôt audacieux puisque le film en question traitait du deuil alors que, en général, les films de clôture son plutôt des blockbusters légers. Un film de clôture à l'image de cette sélection empreinte de gravité... même si celui-ci se termine sur une note d'espoir. L'espoir aussi d'une sélection 2011 moins sombre.
Synopsis : En Australie, Dawn (Charlotte Gainsbourg) et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l'ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de 8 ans, croit que son père vit à présent dans l'arbre. Un jour, elle initie Dawn à son secret... Peu-à-peu Dawn retrouve des forces, un travail. Peut-être un nouvel amour ? La vie reprend mais l'arbre devient envahissant : ses branches, ses racines, et même son peuple de grenouilles et de chauves-souris se lancent à l'assaut de la maison et menacent ses fondations ! Dawn n'a plus le choix : elle doit le faire abattre...
Adaptation d'un roman de Judy Pascoe « Our father who art in the tree », possédait tous les ingrédients du mélo, pourtant c'est la grande réussite de Julie Bertucelli que de signer un film émouvant, tendre sans jamais tomber dans la sensiblerie. Délicieusement inclassable dans un monde (pas seulement cinématographique) qui souhaite toujours mettre des étiquettes, « L'Arbre » est avant tout une brillante métaphore. L'arbre est le symbole de la nature qui reprend ses droits mais aussi de la vie et de la mort qui s'enlacent et s'immiscent dans les pensées et existences. Arbre aux racines envahissantes qui détruisent la maison à l'image d'un passé envahissant dont les racines comme la mort a détruit le foyer familial.
Personnage à part entière cet arbre tentaculaire, gigantesque et majestueux symbolise aussi la renaissance, la vie qui toujours reprend ses droits. Julie Bertucelli a ainsi expliqué que son équipe "avait parcouru des centaines de kilomètres dans toute l'Australie pour trouver le plus bel arbre possible".
"Nous voulions qu'il soit immense, avec des racines, et capable d'accueillir les enfants dans ses branches ». "On m'a proposé à plusieurs reprises de construire un arbre artificiel qui nous aurait facilité la vie, mais j'ai toujours refusé".
Les paysages de l'Australie d'une beauté presque inquiétante à l'image de cette nature à la fois dangereuse et consolante, rassurante et menaçante se prêtent magnifiquement à cette fable. L'Arbre est en effet une fable à la fois poétique et réaliste, un hymne à la nature et à la vie porté par la présence lumineuse de Charlotte Gainsbourg qui incarne une Dawn tour à tour fragile et forte et face à elle Morgana Davies qui interprète sa fille Simone avec une étonnante justesse et maturité.
Film à portée universelle sur la renaissance de l'espoir après un deuil, il n'aurait pas démérité en compétition officielle. C'est tout le mal que nous souhaitons à Julie Bertucelli pour les années à venir, laquelle avait reçu le César du meilleur premier film et le Grand prix de la Semaine internationale de la critique en 2003 pour « Depuis qu'Otar est parti. »
Sortie en salles: 11 Août 2010