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  • Critique de LA STRADA de Fellini, à voir, ce soir, à 20H50 sur Arte, le 28.10.2013

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    C’est dans le cadre du Ciné-club de l’Arlequin, en plein cœur de Saint Germain des Prés, animé par Claude-Jean Philippe, le dimanche matin, dans l’enceinte du mythique cinéma de la rue de Rennes, que j'ai revu ce cehf d'œuvre la dernière fois. Petit compte-rendu de la projection et du débat de dimanche dernier consacrés à la Strada de Federico Fellini (1954).

     

    Avec Giuletta Masina (Gelsomina), Anthony Quinn (Zampano), Richard Basehart (le fou), Aldo Silvani (Giraffa), Marcella Rovere(la veuve)

    Scénario : F.Fellini-Ennio Flaiano-Tullio Pinelli

    Photo : Otello Martelli

    Décor : Mario Ravasco

     Musique : Nino Rota

    Montage : Leo Cattozzo

     Producteur : Dino De Laurentiis, Carlo Ponti

    Oscar du meilleur film étranger  et Lion d’argent au festival de Venise

     

    I.L’intrigue

     

     Zampano est un colosse qui gagne sa vie en parcourant l’Italie à bord d’un side-car transformé en roulotte, passant de cirques en foires avec un même numéro : une pseudo démonstration de force physique dans laquelle il brise une chaîne. Zampano a besoin d’une assistante, il en achète une : Gelsomina, créature étrange aussi simple que lumineuse. Le couple sillonne ensuite les routes d’Italie. Zampano est brutal, parfois cruel avec Gelsomina. Gelsomina s’enfuit. Zampano la rattrape. Ils rencontrent un autre forain « le Fou », funambule, personnage lunaire et fantasque que Gelsomina admire et écoute attentivement. Le Fou travaille pour le même cirque que Zampano. Il nargue constamment Zampano, raillant le ridicule de son numéro immuable. Zampano se retrouve en prison après avoir tenté d’agresser le Fou qui avait demandé à Gelsomina de l’assister. Pendant que Zampano est en prison le Fou parle à Gelsomina de son existence et lui donne des conseils. Le cirque propose à Gelsomina de l’emmener, loin de l’emprise de Zampano. Gelsomina refuse finalement et attend Zampano à sa sortie de prison. Un jour, sur la route, Zampano et Gelsomina croisent le chemin du Fou. Zampano l’agresse. Il en meurt. Gelsomina est témoin de la scène, sa raison fragile chavire. Zampano l’abandonne sur la route avec sa trompette pour seule compagnie. Des années plus tard, il apprendra par une femme qui l’avait recueillie que Gelsomina était morte peu après. Il va errer sur la plage et pleure. Enfin.

     

    II. Un éloignement en douceur du néoréalisme

     

    Après avoir collaboré à l’hebdomadaire Marc’Aurelio, en y effectuant des travaux rédactionnels et des caricatures, après avoir participé à l’écriture de nombreux scénarios dès 1942, dont de nombreux scénarios du nouveau cinéma italien dont, après guerre, trois films de Roberto Rossellini: Rome ville ouverte, en 1945, Paisa en 1947 et Europe 51 en 1951, Fellini rédige ensuite des scénarios pour Alberto Lattuada avec qui il réalise Les Feux du music-hall en 1951. Puis, il prend déjà quelque peu ses distances avec le néoréalisme en tournant Courrier du cœur en 1952, puis Les Vitelloni en 1953. Contrairement à ce qu’imaginaient les producteurs, Dino de Laurentiis et Carlo Ponti, non seulement La Strada ne fut pas un échec commercial mais en plus le public et la critique à l’unisson firent un triomphe au film. Jusqu’alors le cinéma italien triomphait en effet selon les critères néoréalistes : absence de décor, absence de sophistication formelle, dramaturgie fondée sur une représentation de l’instant, sobriété, approche sociale réaliste. Si certes l’intrigue met en scène des gens simples, cela ne relève nullement du documentaire et ne recherche pas la sobriété mais au contraire une poésie surprenante. La Strada ne s’inscrit néanmoins pas réellement dans une rupture avec le néoréalisme, elle y ajoute plutôt un élément : une touche de poésie très personnelle. Jean de Baroncelli affirmait ainsi que "La Strada est comme une transfiguration du néo-réalisme. Tout y est quotidien, familier, parfaitement plausible. Cette histoire de saltimbanque a l'apparence d'un fait divers, pourtant nous sommes aux confins de l'étrange, sinon du fantastique."

     

     III. Une œuvre singulière, novatrice et poétique

     

     Ce qui frappe d’emblée le spectateur, et ce sur quoi le débat a essentiellement porté, c’est en effet la poésie si singulière qui se dégage du film. Longtemps après la projection le spectateur est encore porté par le sourire mélancolique de Giuletta Masina et par la musique inoubliable de Nino Rota, personnage à part entière du film (le motif musical de Nino Rota emprunte d’ailleurs au premier mouvement de la symphonie Titan de Gustav Mahler). Cette poésie est d’ailleurs présente dans le fond comme dans la forme. Dans le fond, lorsque Gelsomina mime l’arbre, lorsque le cheval travers la rue, lorsqu’elle passe du sourire aux larmes à une vitesse fulgurante, véritable « Charlot féminin ». C’est d’ailleurs à travers son regard naïf que le spectacle fascinant, le film mis en scène par Fellini, se déroule sous nos yeux. Dans la forme aussi, car la caméra elle-même comme le souligne Claude-Jean Philippe a acquis une « virtuosité, une musicalité ». Fellini recrée un monde qui s’apparente presque à une fable, certes parfois cruelle, avec sa morale portée par le Fou, s’adressant à Gelsomina : « Dans l’univers tout sert à quelque chose. Même ce petit caillou ». Claude-Jean Philippe a également insisté sur la « légèreté d’écriture du film ». On ressent également déjà l’admiration de Fellini (une admiration qui portera nombre de ses films suivants) pour le spectacle du plus rudimentaire au plus raffiné. C’est certainement un des films les plus insolites de l’histoire du cinéma, qui exprime un monde baroque et le monde intérieur exubérant de Fellini porté par le clown blanc lunaire interprété par Giuletta Masina, personnage duquel émane une Grâce désenchantée. On retrouve à la fois l’influence du cirque, la passion d’enfance de Fellini, mais aussi l’influence de la bande dessinée qu’il pratiqua au début de sa carrière. La grâce et la légèreté qui en émanent contrastent avec le propos tragique et cette douloureuse histoire d’amour entre celui qui ne « sait pas parler mais aboie » et le visage innocent de la femme-enfant Gelsomina. Face à elle, Zampano incarne « la pesanteur ».

    C’est ainsi avec ce film que Fellini s’est fait connaître en France alors qu’aucun distributeur n’en voulait au début, l’œuvre étant jugée bien trop originale et trop éloignée des conventions dramatiques traditionnelles. C’est pourtant l’originalité indéniable de la Strada qui a en grande partie contribué à son succès.

     

     IV. Des thèmes inspirés du christianisme

     

    Le troisième point sur lequel le débat a mis l’accent c’est l’influence du franciscanisme et du christianisme par lesquels Rossellini et Fellini étaient tous deux imprégnés, Fellini faisant aussi de La Strada un véritable drame métaphysique. Fellini avait en effet découvert la simplicité des moines franciscains sur Paisa, le film de Rossellini. La simplicité de Gelsomina fait ainsi écho à celle des Franciscains. La religion est d’ailleurs omniprésente dans le film. Gelsomina croise ainsi une procession, Zampano et elle seront hébergés dans un couvent etc. Par ailleurs, le Fou énonce tout un discours sur l’utilité des choses, notamment par la parabole du caillou, lorsqu’il laisse entendre à Gelsomina qu’elle est essentielle à la création après lui avoir tenu ce discours terrible sur sa laideur la comparant à une « tête d’artichaut ». Les éléments ont d’ailleurs un rôle essentiel, ne serait-ce que le titre qui lui-même en désigne un. Pour Geneviève Agel (dans Les chemins de Fellini), quatre scènes (la procession, la découverte de l'enfant malade, l'hébergement au couvent et la mort du Fou) sont les quatre jalons qui marquent "la procession spirituelle de la jeune femme". Claude-Jean Philippe a également insisté sur l’opposition entre les Chrétiens et les Marxistes encore très forte à l’époque où le film a été tourné, ces derniers s’en étant d’ailleurs pris avec virulence à La Strada.

     

    La fin magnifique nous interroge lorsque Zampano va errer sur une plage et pleure: est-ce sa conscience morale qui surgit ? Est-il envahi par la douleur du deuil et par la culpabilité ? Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si dans cette dernière scène il regarde le ciel et la voûte céleste comme si quelque chose de sacré s’emparait de lui.

     

    Même si, dans la Strada, Fellini n’a pas encore adopté totalement le style onirique qui sera le sien par la suite, cette rencontre improbable de deux êtres aussi improbables de laquelle émane une poésie sublime laisse au spectateur un souvenir aussi indélébile que la musique de Nino Rota…

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  • Critique de WELCOME de Philippe Lioret, à 20H45, sur France 2

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    Pour impressionner et reconquérir sa femme Marion (Audrey Dana), Simon (Vincent Lindon), maître nageur à la piscine de Calais (là où des centaines d’immigrés clandestins tentent de traverser pour rejoindre l’Angleterre, au péril de leur vie)  prend le risque d’aider en secret un jeune réfugié kurde, Bilal (Firat Ayverdi) qui tente lui-même de traverser la Manche pour rejoindre la jeune fille dont il est amoureux, Mina (Dira Ayverdi).

     

    Cela faisait un peu plus d’un an que j’attendais la sortie de ce film, depuis que Philippe Lioret l’avait évoqué avec un enthousiasme débordant lors du Salon du Cinéma 2008… Alors ? Alors…

     

    La première demi-heure, intense, âpre, au style documentaire  suit au plus près Bilal ( au plus près de son visage, de ses émotions, de sa douleur, de ses peurs)  et nous embarque d’emblée dans son parcours périlleux. Il nous embarque et il conquiert dès les premières minutes notre empathie, notre révolte aussi contre une situation inhumaine, encore à ce jour insoluble, mais contre laquelle se battent des bénévoles comme Audrey tandis que d’autres préfèrent fermer les yeux comme Simon. La réalité sociale sert ensuite de toile de fond lorsqu’apparaît Simon, et avec son apparition c’est le documentaire qui cède le pas à la fiction.

     

    Jusqu’où iriez-vous par amour ? Tel était le slogan du précèdent film dans lequel jouait Vincent Lindon : « Pour elle ». Tel pourrait aussi être celui de « Welcome ». Ce n’est, au début, pas vraiment par altruisme qu’agit Simon mais plutôt avec l’intention d’impressionner Marion, de lui prouver qu’il n’est pas comme eux, comme ceux qui baissent la tête au lieu d’agir, comme ceux qui font éclater ou  renaître un racisme latent et peu glorieux qui rappelle de tristes heures, et qui rappelle aux étrangers qu’ils sont tout sauf « welcome ».

     

     Peu à peu Bilal,  son double,  va ébranler les certitudes de Simon, Simon qui se réfugiait dans l’indifférence, voire l’hostilité, aux étrangers qu’il croisait pourtant tous les jours. L’un fait face à son destin. L’autre lui a tourné le dos. L’un a été champion de natation, mais n’a pas réalisé ses rêves. L’autre rêve de devenir champion de football. Mais l’un et l’autre sont prêts à tout pour reconquérir ou retrouver la femme qu’ils aiment. L’un et l’autre vont s’enrichir mutuellement: Simon va enseigner  la natation à Bilal, et Bilal va lui à ouvrir les yeux sur ce qui se passe autour de lui.

     

    Le film doit beaucoup à l’interprétation de Vincent Lindon (toujours aussi exceptionnel), tout en violence et sensibilité, en force et fragilité. Il manie et allie les contradictions et les ambiguïtés de son personnage avec un talent époustouflant,  faisant rapidement oublier ces  déstabilisantes minutes de changement de ton et de passage du style documentaire à la fiction (ce parti pris initial de documentaire aurait peut-être été plus intéressant, mais nous aurait  certes privés de l’incroyable prestation de Vincent Lindon et aurait aussi privé le film d’un certain nombre de spectateurs). L’interprétation du jeune Firat Ayverdi  et des   autres acteurs, également non professionnels, est  elle aussi  troublante de justesse et contribue à la force du film.

     

    Philippe Lioret a coécrit le scénario avec Emmanuel Courcol, Olivier Adam (avec lequel il avait déjà coécrit « Je vais bien, ne t’en fais pas »),   un scénario d’ailleurs parfois un peu trop écrit donnant lieu à quelques invraisemblances (en contradiction avec l’aspect engagé du film et la réalité de  sa toile de fond) qui tranche avec l’aspect documentaire du début ( histoire de la bague un peu téléphonée) mais permet aussi de souligner certaines réalités par des détails qu’un documentaire n’aurait pas forcément pu saisir (quoique) comme cette annonce d’une avalanche aux informations et de ses quelques victimes qui semblent alors disproportionnées face à cette autre réalité passée sous silence, comme ce marquage, s'il est réel, absolument insoutenable et intolérable.

     

    La photographie aux teintes grisâtres et la mise en scène appliquée de Philippe Lioret s’efface devant son sujet, devant ses personnages surtout, toujours au centre de l’image, souvent en gros plan, ou du moins en donnant l’impression tant ils existent et accrochent notre regard.

     

    Peut-être aurait-il été encore plus judicieux que cette réalisation  soit empreinte de la même rage et de la même tension que ceux dont elle retrace l’histoire, et peut-être est-ce ce qui manque à ce film aux accents loachiens pour qu’il ait la saveur d'un film de Loach. Peut-être aussi est-ce la raison pour laquelle je suis finalement restée sur la rive.  Sans doute est-ce lié à l’attente suscitée depuis plus d’un an par ce film mais plus certainement encore par le souvenir indélébile, forcément plus viscéral et plus âpre, plus marquant parce que réel,  de centaines de clandestins, dans un autre port, dans un autre pays, mais si semblables, sans doute ce souvenir de la réalité d’une souffrance inouïe soudainement sous mes yeux et si tangible prise en pleine face m’a -t-il réellement et  autrement fait prendre conscience de cette douloureuse et insoutenable réalité: chaque visage (souvent très très jeune) entrevu alors portant sur lui, à la fois si pareillement et si différemment,  la trace d’une longue et inconcevable route, d’une histoire  douloureuse, d’une détermination inébranlable, d’un pays pour lui inhospitalier, inique ou en guerre et à quel point la réalité du pays qu’ils ont quittée devait être violente et insupportable pour qu’ils aient le courage et/ou l’unique issue de prendre tous ces risques et de se confronter à la réalité de pays qui ne souhaitent ou du moins ne savent pas forcément davantage  les accueillir et panser leurs plaies.

     

    Philippe Lioret, par ce film indéniablement engagé, a le mérite de mettre en lumière une part d’ombre de la société française, et plus largement de violentes et flagrantes disparités mondiales. Le succès connu par le filmprouve ainsi que le public ne s’intéresse pas seulement aux comédies formatées que les diffuseurs s’acharnent à lui proposer et que l’âpreté d’un sujet, pourvu qu’il soit traité avec sensibilité et intelligence, pouvait aussi susciter son intérêt et le faire se déplacer en nombre.

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  • Dates du Festival de Cannes 2014

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    Comme chaque année, vous pourrez bien entendu suivre le Festival de Cannes 2014 en direct ici ainsi que sur mes sites http://inthemoodforfilmfestivals.com et http://inthemoodlemag.com et bien sûr sur mon blog entièrement consacré au Festival de Cannes http://inthemoodforcannes.com .

     Vous souhaitez une couverture du festival pour votre média? Vous souhaitez établir un partenariat avec ce site ou mes autres sites, pour ce 67ème Festival de Cannes? N'hésitez pas à me contacter dès maintenant à inthemoodforcinema@gmail.com .

    Le Festival de Cannes 2014 aura lieu du 14 au 25 Mai 2014.

    En attendant vous pouvez toujours lire mon recueil de nouvelles "Ombres parallèles" dont plusieurs se déroulent dans le cadre du Festival de Cannes.

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  • Dates du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2014

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    Comme chaque année, en 2014, vous pourrez suivre ici le Festival du Cinéma Américain de Deauville en direct qui se déroulera l'an prochain du 5 au 14 septembre.

    Pour le 40ème anniversaire, je serai bien entendu au rendez-vous puisqu'il s'agira alors de mon...21ème Festival du Cinéma Américain de Deauville par ailleurs le cadre de mon roman "Les Orgueilleux" et de plusieurs des nouvelles de mon recueil "Ombres parallèles".

     Je vous le ferai suivre ici et sur mes sites http://inthemoodfordeauville.com (entièrement consacré au Festival du Cinéma Américain et au Festival du Film Asiatique de Deauville) et http://inthemoodforfilmfestivals.com .

    Ci-dessus, "Les Orgueilleux" sur le tapis rouge du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2013.

    Ci-dessus, "Les Orgueilleux", dans le hall de l'hôtel Normandy, en septembre 2013, lieu où se passe une partie du roman.

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