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  • Critique- "Reality" de Matteo Garrone

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    Troisième jour de Festival et à nouveau un énorme coup de coeur pour ce nouveau film de "Matteo Garrone".

    4 ans après "Gomorra" qui avait reçu le Grand Prix à CAnnes, Matteo Garrone revient sur la Croisette.

    Synopsis : Au cœur de Naples, Luciano est un chef de famille hâbleur et joyeusement exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant les clients de sa poissonnerie et sa nombreuse tribu. Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting de la plus célèbre émission de télé-réalité italienne. Dès cet instant, sa vie entière bascule : plus rien ne compte désormais - ni sa famille, ni ses amis, ni son travail ni même la petite arnaque imaginée par son épouse, qui améliorait un peu leur ordinaire ! Le rêve de devenir une personnalité médiatique modifie radicalement son destin mais aussi celui de tout son entourage...

    Ce personnage inquiétant, truculent, fascinant, est interprété par Aniello Arena qui sombre peu à peu dans la folie. Son obsession de télé-réalité et de célébrité va peu à peu devenir le cauchemar de son entourage et le plonger dans l’irréalité. Un sujet d’une triste ironie pour Aniello Arena qui, dans le film, ne songe qu’à être enfermé lui qui est prisonnier depuis plus de 18 ans (raison de son absence à Cannes).

    Matteo Garrone signe ici le renouveau de la comédie italienne, avec une farce maligne, tristement hilarante en ce qu’elle met très intelligemment en exergue le drame d’une époque, ce besoin carnassier de célébrité, fût-ce pour les raisons les plus médiocres, au détriment de la raison, de la vraie réalité. Un mélange d’imaginaire, de folie et de réalité digne de Fellini et une plongée paranoïaque digne de Polanski. Un film terriblement lucide et cruel dont le fond est aussi sombre que la forme est poétique et magique. Brillant.

     

    Sortie en France le 22 août 2012.

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  • Critique - Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin ( Un Certain Regard )

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    « Les Bêtes du Sud sauvage » est le premier long-métrage de Benh Zeitlin adapté de « Juicy and Delicious», une pièce écrite par Lucy Alibar, une amie de Benh Zeitlin qui a coécrit le scénario avec lui. Il se déroule dans le Sud de la Louisiane, dans le bayou, «le « bathtub », une terre sauvage et âpre où vit Hushpuppy (Quvenzhané Wallis), une petite fille de 6 ans et son père Wink (Dwight Henry). Soudain cette nature rebelle s’emballe, les glaciers fondent, des aurochs apparaissent, le monde s’effondre pour Hushpuppy (la nature qui l’environne mais aussi le sien, son monde, puisque la santé de son père décline) ; elle va alors partir à la recherche de sa mère.

    Ne vous fiez pas à mon synopsis réducteur car ce film possède tout ce qu’un synopsis ou une critique ne pourront jamais refléter. Il en va ainsi de certains films, rares, comme de certaines personnes qui possèdent ce charme indescriptible, cette grâce ineffable, ce supplément d’âme que rien ni personne ne pourront décrire ni construire car, justement, il n’est pas le fruit d’un calcul mais une sorte de magie qui surgit presque par miracle (et sans doute grâce à la bienveillance et la sensibilité du regard du cinéaste) comme celle qui peuple les rêves de Hushpuppy.

    Dès les premières secondes, malgré la rudesse de la vie qu’il décrit, malgré l’âpreté de cette terre et celle du père de Hushpuppy, ce film vous séduit et vous emporte pour ne plus vous lâcher. C’est à travers les yeux innocents et l’imagination débordante de Hushpuppy que nous sommes embarqués dans cette histoire guidés par sa voix qui nous berce comme un poème envoûtant.

    La vie grouille, palpite, dans chaque seconde du film, dans cet endroit où elle est (et parce qu’elle est) si fragile, son cœur bat et résonne comme celui de ces animaux qu’écoute Hushpuppy pour, finalement, faire chavirer le vôtre. Un monde qu’il donne envie de préserver avant que les marées noires ne le ravagent et que la magie n’en disparaisse à jamais.

    Son monde est condamné mais Hushpuppy (incroyable présence et maturité de la jeune Quvenzhané Wallis) , avec son regard attendrissant, opiniâtre et frondeur résiste, lutte, et s’invente un univers magique où le feu s’allume au passage d’une belle femme, où elle résiste aux aurochs du haut de ses 6 ans. Benh Zeitlin filme à hauteur d’enfant et du regard d’Hushpuppy imprégnant tout le film de son riche imaginaire.

    Film inclassable : autant une histoire d’amour ( d’un réalisateur pour une terre sauvage et noble qui se confond avec la mer dans un tumulte tourmenté que pour ses habitants, fiers et courageux viscéralement attachés à leur terre mais aussi d’une fille pour son père et réciproquement dont les relations sont faites de dureté attendrissante), fantastique ou fantasmagorique que conte philosophique et initiatique, « Les bêtes du sud sauvage » est aussi un poème onirique qui mêle majestueusement tendresse et rudesse (des êtres, de la terre), réalité et imaginaire, violence (des éléments) et douceur (d’une voix), dureté et flamboyance (comme lors de ce défilé d’une gaieté triste pour célébrer la mort). Voilà, ce film est beau et contrasté comme un oxymore.

    Un film d’une beauté indescriptible, celle des êtres libres, des êtres qui résistent, des êtres qui rêvent, envers et contre tout, tous et cela s’applique aussi bien au film qu’à celui qui l’a réalisé avec un petit budget et des acteurs non professionnels sans parler des conditions de tournage puisque l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP s’est produite le premier jour du tournage le 20 avril 2010.

    Un film universel, audacieux et dense, un hymne à la vie et l’espoir, au doux refuge de l’imaginaire aussi quand la réalité devient trop violente, un film d’une beauté âpre et flamboyante qui vous emmènera loin et vous accompagnera longtemps comme cette voix (texte de la voix off dit par Hushpuppy magnifiquement écrit), ce regard et cette musique qui reflètent ce mélange de force et de magie, de grâce et de détermination ( une musique dont Benh Zeitlin est le coauteur) et, à l’image de son affiche, un feu d’artifices d’émotions. Un film rare!

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  • Critique « Paradis :Amour » de Ulrich Seidl – Compétition officielle du Festival de Cannes 2012

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    L’amour est décidément au centre de cette compétition 2012, du moins à en croire ses titres éponymes. Après l’histoire d’amour de Jacques Audiard, « De rouille et d’os » qui a bouleversé la Croisette (une des plus longues standing ovation de ces dernières années selon Thierry Frémaux, retrouvez ma critique dans l’article précèdent), en attendant le film de Michael Haneke au titre aussi sibyllin qu’explicite « Amour », film que j’attends avec une impatience grandissante, hier après-midi également en compétition était projeté « Paradis : amour » de l’Autrichien Ulrich Seidl, pour la deuxième fois en compétition à Cannes (d’ailleurs en présence de son compatriote Michael Haneke. )

    C’est l’histoire de Teresa, une Autrichienne qui part au Kenya, non pas pour un safari, quoique… puisque le tourisme sexuel est l’objectif de son voyage et qu’elle traite les jeunes Africains, avec une condescendance abjecte, comme des animaux… tout en cherchant à être regardée dans le cœur, dans les yeux, bref le véritable amour qu’elle commencera par acheter et qu’elle finira par implorer, l’exploiteur devenant alors l’exploité.

    La dénonciation d’une nouvelle forme de colonialisme, d’un racisme sans complexes, passe par des scènes humiliantes et difficilement soutenables pour le spectateur qui se retrouve soudain malgré lui presque complice. Certes, ce sont aussi elles qui sont humiliées en montrant sans fards leurs corps exposés sans pudeur mais une impudeur qui n’est rien face à la vulgarité de leurs mots indécents, insultants, inconscients et de leur égoïsme, ces dernières ne songeant qu’à leur quête effréné, vaine, vorace de plaisir mais finalement d’amour. Teresa n’est guère plus subtile avec sa fille dont elle ne se soucie vraiment que lorsque celle-ci oublie son anniversaire, implorant là aussi un amour en retour de son égoïsme.

    Ce qui est drôle au début (Ulrich Seidl sait avec un cynisme redoutable les tourner en ridicule) devient gênant et lourd au fil du film. La quête insatiable d’un « amour » qui passe par l’humiliation de l’autre et finalement de soi-même nous est montré par des scènes répétitives et de plus en plus embarrassantes pour le spectateur et qui finissent par frôler la complaisance.

    Il ne faut néanmoins pas écarter ce film d’emblée pour une récompense, bien au contraire. La réalisation inspirée contribue fortement à cette dénonciation comme ce dernier plan d’une nature sublime et impassible qui dissimule une « humanité » hideuse, celle de ces femmes pathétiques. Comme ces plans, à la fois magnifiques et terribles, beaux et tellement tristes, de corps d’Européens allongés sur des transats séparés par un fil de ces jeunes Africains, debout, qui les regardent depuis la plage, comme deux mondes qui ne se comprennent pas, qui se confrontent, qui se font face sans se voir. D’autres font songer à du Botero comme ce plan du corps de Teresa sous une moustiquaire et un instant, Ulrich Seidl, comme un hommage à une forme de beauté souillée par la bêtise et un égoïsme aveugle. Le cadrage exacerbe aussi bien souvent leur ridicule et met l’accent davantage encore sur leur mépris et leur condescendance comme lorsque Teresa et sa compatriote parlent des jeunes Africains, accoudées au bar, tandis que l’un d’entre eux est en arrière-plan, invisible et inexistant pour elles.

    Certaines métaphores sont aussi très (trop) appuyées. Au plan d’un crocodile succède ainsi celui d’un jeune Africain pour bien nous faire comprendre que l’amour qu’il semble témoigner n’est que fallacieux et que Teresa n’est qu’une proie parmi tant d’autres. Au-delà de sa réalisation, ce « Paradis : Amour » aura également le « mérite » de mettre l’accent sur des pratiques tristement banalisées, et sur un racisme tristement et dramatiquement ordinaire. Si Ulrich Seidl regarde ces femmes sans complaisance, il semble néanmoins plus les plaindre que les mépriser sans pourtant les épargner, laissant Teresa, seule, vaincue, humiliée, en larmes, sur son lit.

    Ce soir, je vous parlerai d’un autre film, « Reality » de Matteo Garrone que l’on peut d’ailleurs rapprocher (si, si) de celui-ci en ce qu’il montre aussi la quête effrénée d’amour ou du moins de bonheur d’un homme dans le regard d’une multitude d’autres croyant que là réside le bonheur et qui y trouvera finalement la folie. Cette journée s’est achevée par mon deuxième film d’animation en 12 ans de Festival de Cannes, « Madagascar », après une montée des marches avec un casting éblouissant. Récit également à suivre ce soir.

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  • Critique - "Après la bataille" de Yousry Nasrallah

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    "Après la bataille" de l'Egyptien Yousry Nasrallah était sans doute le film que j'attendais de cette édition 2012. La palme d'or a souvent été attribuée à des films avec une forte résonance politique eu égard au retentissement international du festival. Par ailleurs, le président du jury de ce Festival de Cannes 2012 est un cinéaste engagé. Déjà deux bonnes raisons pour en faire un candidat sérieux à la palme d'or, le sujet de ce film étant le printemps égyptien mais se contenter de dire cela serait évidemment réducteur. Cannes est avant tout un festival de cinéma (et non politique) et, évidemment, rien n'est joué d'avance.

    Yousry Nasrallah, présent pour la 4ème fois à Cannes cette année, en 2011, avait filmé en vidéo les manifestants de la place Tahrir pendant le printemps arabe et avait ainsi participé au film collectif 18 jours (en séance spéciale).

    Nasrallah fut l'assistant de Youssef Chahine au début de sa carrière, et a coécrit avec lui Adieu Bonaparte et Alexandrie encore et toujours.

    En bonus, retrouvez ma critique de "Femmes du Caire" de Yousry Nasrallah.

    "Après la bataille" avec Mena Shalaby, Bassem Samra... - 2 h 06

    Synopsis:

    Mahmoud est l’un des «cavaliers de la place Tahrir» qui, le 2 février 2011, manipulés par les services du régime de Moubarak, chargent les jeunes révolutionnaires.
    Tabassé, humilié, sans travail, ostracisé dans son quartier qui jouxte les Pyramides, Mahmoud et sa famille perdent pied…
    C’est à ce moment qu’il fait la connaissance de Reem, une jeune égyptienne divorcée, moderne, laïque, qui travaille dans la publicité. Reem est militante révolutionnaire et vit dans les beaux quartiers. Leur rencontre transformera le cours de leurs vies…

    Mon avis: Quand on sait que le film a été tourné en 40 jours et sans scénario, on ne peut qu'être admiratif devant ce mélange judicieux de réalité et de fiction. En résulte un sentiment d'urgence, de réalité, de désordre comme un écho avec le fond. Un film en mouvement à l'image de ce qu'il retrace: l'Histoire en train de se réaliser. Il met en exergue les contradictions de la société egyptienne, ses tourments et ses désirs. Le dernier plan d'une beauté et d'une force à couper le souffle nous laisse avec une impression d'une violence ravageuse.

    Films présentés à Cannes par Yousry Nasrallah

    2011 - TAMANTASHAR YOM (18 JOURS)- Séances spéciales Réalisation

    2004 - BAB EL CHAMS (LA PORTE DU SOLEIL)- Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1988 - SARIKAT SAYFEYA (VOLS D'ÉTÉ)- Section parallèle Réalisation

    Membre du Jury

    2005 - Courts métrages Cinéfondation - Membre

     

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    En mai dernier sortait « Femmes du Caire » de Yousry Nasrallah. Je l’avais alors manqué. Je viens de me rattraper grâce à sa sortie récente en DVD.

    Embarquement donc pour l’Egypte et plus précisément Le Caire où vivent Hebba et Karim, couple de journalistes à succès, jeunes, riches et beaux. Hebba anime ainsi un talk-show populaire et insolent. Sous la pression de son mari, dont la carrière est menacée par son émission, elle accepte de délaisser les sujets politiques pour se consacrer aux faits divers féminins…mais elle se retrouve rapidement en terrain miné.

    Dès le premier plan d’une caméra qui s’immisce avec fluidité dans l’appartement d’Hebba et Karim, la réalisation de Yousry Nasrallah capte notre attention par la beauté et la rigueur frappantes de sa composition visuelle et montre aussi toute l’intelligence de cette réalisation « signifiante », la caméra se glissant dans l’intérieur comme le film va le faire dans la vie des femmes du Caire, et comme Hebba va le faire avec ces dernières.

    La construction scénaristique est aussi habile que la réalisation puisque l’émission d’Hebba va nous permettre de voir trois histoires racontées en flashback, illustrant chacune différemment le climat de misogynie et de corruption qui règne au Caire où les femmes subissent un « voile de l’esprit », et sont constamment sous surveillance, privées d’autonomie.

    « Tout est politique » comme le faire dire Nasrallah à un de ses personnages. Et ce film, sans concessions, l’est indéniablement mais sans jamais oublier que le spectateur est là (aussi) pour se distraire, pour qu’on lui raconte une histoire. Le message n’en est que plus efficace lorsqu’il est aussi subtilement délivré, et ne peut que nous frapper en plein cœur.

    Une plongée dans la violence d’une société qui asphyxie celles qui ne souhaitent pas s’y soumettre, et se soumettre à ses règles du jeu traditionnalistes. « Femmes du Caire » est un film politique et populaire, tragique et sensuel, un plaidoyer pour la cause des femmes en quête d’émancipation en Egypte dont chaque histoire trace magnifiquement le portrait, sublimé par une très belle esthétique, dans la droite lignée du cinéma du grand Youssef Chahine. Un hymne féministe à la féminité et , au-delà, un très beau film servi par un scénario et une mise en abyme ingénieuse et des acteurs intenses! Je vous le recommande vivement.

    "Femmes du Caire" a été sélectionné aux festivals de Toronto et Venise.

    Retrouvez-moi en direct du Festival de Cannes du 16 au 28 mai sur http://www.inthemoodforcinema.com , http://inthemoodlemag.com et http://www.inthemoodforcannes.com et retrouvez alors mes critiques des films en compétition.

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