"In the mood for love"le poème mélancolique du président du festival de Cannes 2006
A une semaine du festival de Cannes, "Mon festival du cinéma" vous invite à revoir le chef d'oeuvre du président du jury de cette édition 2006, Wong Kar-Wai.
Oui, je l’avoue, je n’ai toujours pas vu 2046. A dessein. In the mood for love c’est un peu comme ces moments de
nos vies que l’on a filmés et dont on laisse les films croupir dans les tiroirs de crainte que les images ainsi immortalisées soient moins belles que celles de nos souvenirs. Souvenirs sacrés, idéalisés peut-être. Sacrés aussi sont les souvenirs d’In the mood for love. Souvenirs indicibles et indélébiles. Indicibles et indélébiles, telles sont aussi les émotions que procure ce film envoûtant… à l’image des sentiments qu’il retranscrit. A partir d’un synopsis plutôt conventionnel ,d’un schéma vaudevillesque(deux voisins ,Su -Maggie Cheung- et Chow-Tony Leung- , découvrent la tromperie de leurs époux respectifs ,s’éprennent peu à peu l’un de l’autre…mais préfèreront renoncer à leur amour plutôt qu’à leurs idéaux),Wong Kar Wai a réalisé un véritable poème lyrique et nostalgique à la beauté picturale et à l’inventivité visuelle indéniables, inégalées, innovantes, un film tout en nuances dont la mélancolie est encore exacerbée par une atmosphère musicale sublime qui cristallise les sentiments retenus des personnages. Poème langoureux et nostalgique qui nous entraîne, nous emporte délicieusement dans sa mélodieuse complainte. Rarement, voire jamais, au cinéma les frémissements, les palpitations, l’intransmissible incandescence d’un amour implicite, interdit, et ainsi sublimés, avaient été aussi bien suggérés à tel point que les sentiments des personnages semblent émaner de l’écran, presque s’en échapper et nous envahir. Réminiscences des sublimes sensations de nos passés ou de nos rêves, c’est selon, que Wong Kar Waï parvient à faire (res)surgir. Magicien de la caméra. Wong Kar Wai a préféré la suggestion à la démonstration ostentatoire. L’enfermement de Maggie Cheung est ainsi suggéré par des tenues qui emprisonnent son corps et sa passion contenue est reflétée par leurs teintes chatoyantes auxquelles fait écho le décor rouge qui contraste avec les couleurs ternes et les conventions du Hong Kong des années 60. Le ralenti et la musique ensorcelante qui les accompagnent lorsqu’ils se croisent dans un couloir étroit suffisent à nous faire comprendre les sentiments et les impressions d’une sensualité tacite qui les envahissent malgré l’étroitesse des conventions. Les nombreuses ellipses temporelles permettent au spectateur de laisser libre cours à son imagination :un spectateur qui, par une sorte de mimétisme , se laisse peu à peu submerger par l’émotion indéfinissable que suscite cette ambiance…Jamais une histoire d’amour n’avait été racontée avec autant de pudeur, de nuance, d’élégance. Le spectateur est immergé dans cette « ambiance de l’amour », un titre étrange à l’image de la singularité des impressions qu’il inspire. Grâce à l’ingéniosité de la réalisation le spectateur est happé par cet univers, cette histoire…une histoire intemporelle et universelle qui substitue mieux que jamais à notre regard « un monde qui s’accorde à ses désirs » pour reprendre la citation de Bazin qui pourrait avoir été inspirée par ce film. Alors bien sûr on pourrait établir un parallèle avec Sur la route de Madison de Clint Eastwood ou encore avec les films de James Ivory pour l’admirable peinture des sentiments contenus mais, au-delà de celle-ci, Wong Kar Waï a su créer une atmosphère ensorcelante, languissante, presque onirique qui fait de son film une œuvre inclassable et novatrice …On pourrait aussi me rétorquer que la stylisation est exacerbée (et peut-être pour certains exaspérante ), que cette beauté picturale cherche à dissimuler une faiblesse scénaristique mais c’est justement cette symphonie picturale et musicale qui contribue à la richesse du scénario. Alors quand cette rêverie cinématographique s’achève, le spectateur quitte avec peine cette atmosphère enchanteresse, la magie du cinéma portée à son paroxysme…une magie prolongée par des images et une musique indissociables et inoubliables qui nous accompagnent longtemps après le générique de fin, qui m’accompagnent toujours. Le film entier est un poème langoureux, une mélodie savoureuse et ensorcelante, une longue parabole amoureuse qui vous laissera le souvenir inaltérable et brûlant d’un grand amour.
Sandra.M
Un des principes de ce blog est l’éclectisme et à une semaine du festival de Cannes, mes goûts et mes aspirations, éclectiques donc, penchent plutôt vers la légèreté. Cela tombe bien. Figure actuellement à l’affiche une comédie parfaite en prélude cannois puisqu’elle a la Croisette et son mythique Carlton pour cadre, ce « 4 étoiles » auquel le titre fait référence.
festival qui se déroule en même temps que la Compétition Officielle en est même totalement indépendant. Alors que la Sélection Officielle projette essentiellement (certes pas uniquement) des films de réalisateurs ayant déjà acquis une certaine notoriété, la Quinzaine des Réalisateurs a pour objectif d’aider les cinéastes à se faire connaître du public et de la critique. Il s’agit donc à la fois de faire connaître de jeunes cinéastes mais également des cinéastes connus dans leurs pays et méconnus en Occident. La sélection de la Quinzaine est donc particulièrement éclectique avec au programme des longs métrages de fiction mais aussi des courts métrages et des documentaires. Les seuls critères sont « l’expression d’un talent personnel » et « une écriture cinématographique originale ».
contribue depuis ses débuts à la découverte de nouveaux réalisateurs, sa sélection ne présentant que des premières et deuxièmes œuvres. C’est cette exigence qui fait d’ailleurs toute sa spécificité. Bernardo Bertolucci, Barbet Schroeder, Ken Loach, Wong Kar Waï, Jacques Audiard, Arnaud Desplechin ou encore François Ozon y ont ainsi été découverts. Chaque année, ce sont 7 longs métrages et 7 courts métrages, sélectionnés parmi des centaines de films, qui concourent pour le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique. La Semaine accueille également des films hors compétition qui témoignent de « démarches et de regards originaux. » Les derniers films découverts et primés à la Semaine ont été Amores perros du Mexicain Gonzalez Iñarritu (qui a depuis réalisé 21 grammes), Respiro d’Emanuele Crialese avec Valeria Golino, Depuis qu’Otar est parti de Julie Bertuccelli et cette année Brodeuses d’Eléonore Faucher (dont je vous avais déjà parlé sur "Mon festival du cinéma" ) avec Ariane Ascaride. De plus, c’est un autre film de la Semaine qui a remporté la Caméra d’Or en 2004 (récompensant le meilleur premier film à Cannes toutes sections confondues) : Or (Mon trésor), de Keren Yedaya. La Semaine n’a pas pour but de concurrencer la Sélection Officielle (qui s’y hasarderait ?) mais au contraire de découvrir des talents et de les accompagner au-delà de la présentation cannoise notamment par des reprises de la sélection.
Après un encart dans Netizen dans le numéro de mars 2006, après la couverture et un article dans
une rencontre sur le thème: "Création et films à petit budget: contraintes et libertés de production et de diffusion" avec pour invité Benoît Peeters, scénariste de bandes dessinées et de films, réalisateur et écrivain.
pour la projection des Aventuriers (1967) de Robert Enrico (photo du film ci-contre) où l'actrice d'origine canadienne joue aux côtés d'Alain Delon et de Lino Ventura. Elle sera là pour présenter le film accompagnée de la famille du réalisateur Robert Enrico. Le Festival a également invité Danielle Darrieux qui viendra présenter son film : Nouvelle Chance d'Anne Fontaine (2006).
de dix copies neuves ou restaurées (choisies parmi les propositions des studios, maisons de productions, cinémathèques, archives nationales) présentées entre le 18 et le 27 mai salle Buñuel. Particularité 2006 : trois films muets sont intégrés à la sélection. Avec également la projection exceptionnelle, salle Debussy, de la copie restaurée de Platoon d'Oliver Stone (1986). Le metteur en scène présentera à cette occasion et en avant-première mondiale 20 minutes de son nouveau film World Trade Center.
Cannes, dans 16 jours. Une éternité me semble-t-il. Une éternité me semblait-il. Et puis, une bande-annonce onirique dans un cinéma, celle du 59ème festival de Cannes : au générique habituel se mêlent les images et la musique d’ In the mood for love, en hommage au président Wong Kar-Wai. Me voilà déjà ailleurs. Dans un monde aussi fascinant qu’horripilant dans lequel des moments de poésie peuvent surgir subrepticement, vous envahir, vous submerger, vous emmener plus loin encore, loin du vacarme, de la Croisette, de ses extravagances. Plus de vacarme mais des images mélodieuses. Inoubliables. Comme avec Wong Kar Waï. Comme lors de la projection du Mécano de la General de Keaton. De la rétrospective Tati et de la projection de Playtime dans le grand théâtre Lumière. De l’hommage à Alain Resnais et de la projection de Je t’aime, je t’aime. De la projection de l’enchanteur Three times de Hou Hsiao Hsien. Des projections mémorables et acclamées du Pianiste de Polanski, à Elephant de Gus Van Sant ou encore l’Enfant des frères Dardenne... Du vibrant hommage à Pialat. De l’émouvante projection du Temps qui reste de François Ozon. Tant d’autres encore. Souvenirs mêlés de moments magiques. Tant d’autres bientôt. Dans 16 jours, la vie s’écoulera cinématographiquement, frénétiquement. Frissons annonciateurs des émotions que ce festival ne manquera pas de susciter. Des moments de vie un peu, de cinéma surtout, bientôt gravés dans ma mémoire et peut-être ensuite dans celle de spectateurs du monde entier. Tant de chefs d’œuvre ont balbutié à Cannes…. Dans 16 jours donc.
D'abord, Wim Wenders viendra présenter son court métrage tourné à Cannes en 1982, Chambre 666, dont la projection sera suivie par un premier film : The House is Burning de l'allemand Holger Ernst.