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Résumé du jeudi 19 Mai 2005 (neuvième jour de festival de Cannes 2005)

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(ci-dessus le président du jury du festival 2005: Emir Kusturica. Photo: SAndra.M)

Avant-dernier jour de la compétition. Dès 8H30, heure des premières projections (projections presse), le bourdonnement continuel et le va et vient incessant de la Croisette reprend son rythme toujours aussi endiablé quoique..., à y regarder de plus près, en ce neuvième jour de festival, les festivaliers sont plus susceptibles, leurs pas moins assurés, et leurs yeux quelque peu embués…, non pas d’émotion incontrôlable sous l’effet de films bouleversants, malheureusement absents de la compétition, mais plutôt victimes du cocktail explosif de salles obscures et de soirées. Pour ma part c’est toujours aussi enthousiaste que je me dirige vers le palais des festivals avec néanmoins une pointe de déception à l’idée que cette 58ème édition approche de son dénouement sans avoir encore réservé de réelle surprise cinématographique. Peut-être viendra-t-elle de « Keuk Jang Jeon » (Conte de cinéma) de Hong Sansoo dont le titre suscite déjà ma curiosité, ou bien de « Free Zone » d’Amos Gitaï, les deux films de la compétition à mon programme du jour ?

Concernant Hon Sang Soo, je m’interroge encore quant à cette soudaine sobriété dans le titre sachant que ce « conte de cinéma » fut précédé de « La femme est l’avenir de l’homme » (2004) et « le jour où le cochon est tombé dans le puits » (1996) etc. Conte de cinéma ? Un remake de « la nuit américaine » en perspective ? L’admiratrice du cinéma de Truffaut que je suis décide d’écouter son cœur et d’ignorer les avertissements de sa raison au souvenir de la perplexité dans laquelle m’avait plongée ses mémorables dialogues dans son film présenté à Cannes l’an passé, évoqué ci-dessus. La même sobriété apparente dans la réalisation que dans le titre dissimule en réalité un vrai film gigogne avec mise en abyme et qui passe donc de la fiction (film dans le film) à la réalité (filmique…et donc quand même irréelle) sans qu’aucun procédé de mise en scène ou aucune indication scénaristique ne nous avertisse. Cet aspect puzzle, puzzle qu’il nous appartient de reconstituer, et ce jeu de miroirs avec une même comédienne pour deux rôles distincts est peut-être le seul attrait réel de ce film sombre qui se déroule à Séoul et nous raconte donc les trajectoires de deux hommes et une femme qui se côtoient et s’éloignent comme des reflets changeants dont le cinéma est le pivot avec, d’un côté, un étudiant suicidaire qui rencontre une jeune fille qui décide de l’accompagner dans son geste fatal et de l’autre côté, un cinéaste velléitaire qui, à la sortie d’une salle de cinéma, repère une femme qu’il reconnaît comme étant l’actrice de film qu’il vient de voir . Je me surprends même à regretter les dialogues de « La femme est l’avenir de l’homme ». C’est dire… Dommage qu’Hong Sang Soo se soit contenté de sa bonne idée sans réellement l’exploiter.

J’en attends davantage du film suivant « Free Zone » d’Amos Gitaï dont le sujet, certes sensible, me paraît néanmoins intéressant et de ceux qui pourraient emporter les faveurs du jury, la palme d’or ayant eu ces dernières années un retentissement politique à l’image des sujets traités par le réalisateur israélien dans ses 40 films. Ce film ne déroge pas à la règle puisque l’histoire est celle de Rebecca, une Américaine qui vit à Jérusalem depuis quelques mois et qui vient de rompre avec son fiancé. Elle monte dans la voiture de Hanna, une Israélienne mais cette dernière doit aller en Jordanie, dans la « Free Zone » récupérer une grosse somme d’argent que leur doit un associé de son mari, « l’Américain ». Rebecca parvient à la convaincre de l’emmener avec elle. Quand elles arrivent dans la Free Zone, Leila, une Palestinienne, leur explique que l’Américain n’est pas là et que l’argent a disparu…
Dès le très long premier plan séquence le spectateur se sent impliqué dans la tragédie vécue par l’héroïne, Rebecca (Nathalie Portman). Son visage en larmes filmé en gros plan et les supplications qui l’accompagnent nous plongent d’emblée dans les douleurs et les drames indicibles suscités par le conflit israelo-palestinien dont ce visage si expressivement désespéré est plus démonstratif que n’importe quel discours. Le reste du film se devait d’être à la hauteur et de ce premier plan et du sujet. La tâche était donc ardue pour Amos Gitaï. Road movie ? Plaidoyer politique ? En tout cas un témoignage pertinent sur les difficultés de la vie quotidienne locale et plus encore sur la difficulté du dialogue dans cette zone explosive, et non l'impossibilité du dialogue néanmoins… : cruciale nuance. Un mot, un geste, un regard et tout semble pouvoir basculer brusquement dans l’irréparable. Gitaï retranscrit brillamment la fébrilité et la tension qui y affleurent, n’économisant pas les symboles comme cette dernière scène où l’Américaine se tient dans la voiture entre l’Israélienne et la Palestinienne comme des métaphores de leurs pays respectifs. Puis une dispute pour un motif quelconque éclate entre la Palestinienne et l’Israélienne, se terminant en galimatias. L’Américaine finit alors par sortir de la voiture. Métaphore de l’Amérique qui abandonne la table des négociations ? Malgré ce pessimisme final le film de Gitaï n’est pas dénué de lueurs d’espoir…formidablement portées par les 3 comédiennes du film au premier rang desquelles Hanna Laslo ( Hanna) . Avec toutes ces qualités probablement le film n’avait-il pas besoin de fioritures dans la mise en scène comme ces images en surimpressions superflues dont Gitaï abuse ici quelque peu. Un film qui m’a néanmoins profondément touchée et dont le sujet et son traitement sensibles pourraient lui valoir une palme d’or ou un prix du jury, ou bien simplement un prix d’interprétation qui lui donnerait une portée moins « politique ».

Après ces émotions fortes, je retrouve avec plaisir l’air pacifique et le ciel sans nuages de l’extérieur. Je déambule au gré de mon humeur, tantôt joviale, tantôt mélancolique, passant d’une soirée à une autre sur la plage (la futilité ambiante, parfois salutaire, me menacerait-elle ?) avant de me retrouver à nouveau au Club Arte pour profiter de l’air vivifiant et de la tranquillité de sa terrasse d’où j’imagine que plusieurs Rastignac locaux ont dû s’exclamer « à nous deux Cannes » revigorés par la supériorité illusoire que confère la topographie des lieux. Décidant de fermer pour ce jour le livre de la « Comédie humaine » et sa jubilatoire observation je me décide enfin à rentrer, non sans croiser les nombreux festivaliers qui arpentent encore la Croisette à cette heure tardive…surtout à cette heure tardive.

Sandra.M

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