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Résumé du Vendredi 20 Mai 2005 (Dixième jour du festival de Cannes)

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Profondeur de champ remarquable. Réalisation magistrale. Scénario ciselé. Acteurs admirablement dirigés. Extrait ludique et insolent. Novateur même. Le public applaudit allègrement. Son auteur fait visiblement l’unanimité. Malheureusement, ce n’est pas un film en compétition mais l’extrait d’un film de Jean Renoir qui précède certaines projections du Grand Théâtre Lumière ou de la salle Debussy. A l’heure des pronostics, la compétition suscite toujours des réactions aussi tièdes. Pas d’envolées lyriques ou de déclamations admiratives. Pas non plus de dédain ostentatoire. La passion et l’exaltation ont déserté les projections de la Croisette, pour cette année en tout cas. L’Europe et le référendum pour son traité constitutionnel les ont peut-être monopolisées. L’enjeu est là crucial, certes. A Cannes aussi c’est pourtant une page d’Histoire qui se tourne, une page de l’Histoire du cinéma sur laquelle le nom de l’heureux lauréat va bientôt être immortalisé. Cela pourrait-il être Tommy Lee Jones pour son premier long-métrage en tant que réalisateur « The three burials of Melquiades Estrada » (trois enterrements) ou bien Hou Hsia-Hsien pour « Three times » ? Tels sont en tout cas les deux films du jour et les deux derniers de la compétition.

Avant les « 3 enterrements », il faut au moins une mort, en l’espèce celle de Melquiades Estrada, paysan mexicain dont le corps est retrouvé en plein désert où il a été rapidement enterré après son assassinat. Pour savoir qui en est l’auteur, Pete Perkins, contremaître du Ranch et meilleur ami de Melquiades va mener lui-même l’enquête que les autorités locales refusent d’assumer. Seul garant, dans cette étrange région du Texas, d’une réelle humanité, il va découvrir le meurtrier, lui faire déterrer le corps et offrir à son ami une sépulture honorable dans son Eldorado natal, le Mexique. Il va aussi offrir à son assassin une leçon de vie sur la vie des hommes, le sens des valeurs, le respect de la vie. Le festival du film américain de Deauville, auquel on a pourtant longtemps reproché d’être une vitrine pour les blockbusters américains (à tort …depuis que la compétition existe en tout cas) n’aurait probablement pourtant pas osé mettre ce film en compétition qui aligne les clichés du genre en essayant de les détourner sans vraiment les renouveler, si ce n’est un humour noir jouant aussi parfois sur les anachronismes de ce western des temps modernes. Sans vouloir tomber dans l’ostracisme simplificateur et caricatural, spécifions quand même que le film est produit par Europacorp…ceci expliquant peut-être cela. Ce périple macabre et rédempteur est avant tout le portrait d’un homme étrange et obstiné ou étrangement obstiné interprété par… Tommy Lee Jones. Sa détermination inébranlable et sa loyauté aveuglée l’amènent à faire preuve d’une violence vengeresse, prétexte à des scènes renouvelées qui alourdissent et décrédibilisent le récit. Tommy Lee Jones s’évertue tellement à vouloir créer une atmosphère qu’il finit par effectuer des digressions inutiles et par en oublier de terminer les portraits de personnages tout juste esquissés. Le véritable personnage de ce road movie funèbre est peut-être ce paysage fascinant et impitoyable, cadre du décalage social entre les terres au Nord et au Sud du Rio Grande, dans lequel il aura eu au moins le mérite de nous faire voyager.

Le dernier film du jour et de la compétition promet d’être aux antipodes de celui de Tommy Lee Jones. Hou Hsiao Hsien avec ces « Three times » se lance, et nous lance, en effet un défi poétique : retrouver un moment d’euphorie qui ne reviendra jamais, un instant dont nous avons la nostalgie non parce-qu’il serait le meilleur mais parce-que nous l’avons perdu à jamais. De cet instant notre mémoire ne conserve que les réminiscences, et de cette manière cet instant demeure le plus beau sans comparaison possible. Ces « Three times » sont en effet trois époques, trois histoires (1911, 1966, 2005) incarnées par le même couple de comédiens. C’est surtout la triple réincarnation d’un amour infini. Dès les premiers plans le spectateur se retrouve immergé dans ce conte sentimental, fasciné par sa langueur ensorcelante, comme un tableau qui vous hypnotise et vous bouleverse instantanément sans que vous sachiez réellement pourquoi. La magie des sentiments et des moments uniques qu’il retranscrit transparaît dans chaque geste et surtout chaque silence des personnages qu’il filme comme des danses langoureuses. On songe évidemment à « In the Mood for love » de Wong Kar Waï qu’il ne détrône néanmoins pas de son piédestal, véritable perfection du genre. Ici le non dit et le silence remplacent des dialogues inutilement explicatifs (comme au temps du muet des cartons remplacent les dialogues), la lenteur judicieuse incite à la rêverie qu’une réalisation plus didactique n’aurait pas permis. Si « three times » est un bel exercice de style il ne l’est pas seulement. L’envoûtement est tel qu’on voudrait ne plus quitter cette atmosphère et ces instants sublimés. Dommage que la troisième partie ne soit pas à la hauteur des deux premières, plus expéditive, plus explicative, peut-être aussi car la contemporanéité et sa violence empêchent l’éternité. C’est enfin un poème intemporelle et nostalgique au rythme délicieusement séduisant. Plus qu’un film c’est une expérience, une belle utopie à laquelle il parvient à nous faire croire, un rêve dont on n’aimerait pas se réveiller, comme celui dans lequel vous plonge ce festival et ses instants surréalistes, pourtant demain déjà le suspense prendra fin par la révélation du palmarès. Un petit tour au Club Arte s’impose donc pour en débattre…mais c’est là une autre histoire…

A suivre demain: "mon" palmarès, le palmarès officiel, la cérémonie de clôture et le compte-rendu de "Broken Flowers" de Jim Jarmusch et « Don’t come knocking » de Wim Wenders .

Sandra.M

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