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Critique de "L'année prochaine" de Vania Leturcq

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« L’année prochaine » est le premier long métrage de Vania Leturcq. Cette « année prochaine », c’est celle de Clotilde et Aude, deux jeunes filles de 18 ans, meilleures amies depuis toujours et semble-t-il, pour toujours. Elles doivent décider ce qu’elles feront l’année prochaine, après le bac, cette année où tout semble commencer, l’année où on étreint et éprouve sa liberté. Clotilde choisit de quitter leur province pour aller faire ses études à Paris et entraine Aude avec elle dans l’appartement qu’elle a hérité de sa mère. L’une fait des études de philo tandis que la seconde fait une prépa aux Beaux-Arts…

Encore un film sur l’adolescence et sur des adolescentes me direz-vous. Il y a récemment eu « Respire », le film intemporel de Mélanie Laurent (Mélanie Laurent ne situe pas vraiment l’intrigue dans une époque précise) et dans l’air du temps (mais qui ne cherche pas à l’être) qui ausculte la mécanique infernale des «amie(s) toxiques qui, avancent masqué(e)s, séduisent (tout le monde) avec une habileté et une ingénuité fourbes, pour mieux exclure la proie choisie, se l’accaparer, puis la détruire. Un film dont la brillante construction mettait en lumière la noirceur et la détermination destructrices de ces êtres, nous plongeant avec le personnage principal dans cet abyme mental en apparence inextricable.

Même s’il y a des points communs avec le film de Vania Leturcq, il mérite aussi d’être vu. Alors que dans le film de Mélanie Laurent, il était question de perversité, ici c’est une véritable histoire d’amitié, celle de la fin de l’adolescence, de celles, exclusives, qui ont la force destructrice et passionnelle des histoires d’amour, même s’il y a aussi ici une manipulation insidieuse de la part de Clotilde qui veut qu’Aude soit telle qu’elle la souhaite et non telle qu’elle est réellement. La réalisatrice a eu l’intelligence de ne jamais tomber dans la caricature et le manichéisme, il n’y a pas la gentille et la méchante, la fille sage et la peste mais deux adolescentes que leurs désirs pour l’avenir vont séparer, perdues à leur manière, blessées par la vie (l’une a perdu sa mère, l’autre voit ses parents se déchirer et s’éloigner, et les rêves d’artistes que les autres font pour elle s’envoler). L’une est déterminée, solitaire, plus renfermée. L’autre est extravertie, solaire, plus insouciante. Du moins, en apparence. Comme souvent à l’adolescence, les contraires s’attirent. Tandis que l’une va s’épanouir, l’autre va peu à peu se renfermer et les deux jeunes femmes de la première scène qui écoutaient de la musique sur les mêmes écouteurs ou qui récitaient ensemble les dialogues de « Peau d’âne » vont devenir deux étrangères (très belle affiche où, comme le feraient des amoureux, elles regardent ensemble dans la même direction avec, en arrière-plan, celle qui va finalement les séparer: Paris). La réalisatrice porte un regard bienveillant sur chacune d’elles malgré leurs doutes et fêlures parfois si bien cachés, malgré leur violence, leur intransigeance, leurs certitudes aussi.

Vania Leturcq a eu la bonne idée de situer l’action à Paris, ville éloignée de leur village d’origine, belle et violente comme cette amitié qui les unit puis les sépare. L’appartement même vue comme un antre chaleureux par l’une devient un milieu hostile pour l’autre (judicieuse variation des couleurs et ambiances à travers leurs regards).

Pour incarner ces deux jeunes femmes, Constance Rousseau et Jenna Thiam sont absolument parfaites, autant dans la fragilité, la détermination, la violence, que dans cet air bravache qui les fait si bien mentir. Pour compagnons, la réalisatrice leur a choisi deux comédiens à leur hauteur, le si juste Kevin Azaïs (« Les Combattants ») et le trop rare Julien Boisselier sans oublier Frédéric Pierrot, impeccable dans le rôle du père. La caméra de la réalisatrice ne les lâche pas, les suivant à bout de souffle, dans l’implosion et l’explosion de leur amitié et de leurs certitudes.

Un film aussi juste dans la tendresse que dans la violence (inouïe, bouleversante ; troublants échos et contrastes entre deux scènes de boîtes de nuit, l’une au début, l’autre à la fin), celle souvent indissociable de cet âge qui ne connaît pas la demi-mesure, l’âge où tout semble urgent, vital, désespéré, loin de l’insouciance à laquelle on tend trop souvent à le réduire et à laquelle la réalisatrice a eu l’intelligence de ne pas le réduire en capturant au contraire les brusques contrastes et contradictions de cet âge charnière. Un film sensible, tendre et violent, d’une justesse redoutable et poignante porté par des comédiens à fleur de peau au jeu nuancé. Un premier d’une étonnante maîtrise formelle et scénaristique. A voir. Le film de la semaine.

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