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16ème Festival du Film Asiatique de Deauville : épisode 1

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Avant le compte rendu plus détaillé et exhaustif du festival, à mi-parcours, petit tour d’horizon en bref de la sélection de ce 16ème Festival du Film Asiatique de Deauville (des photos des films viendront ultérieurement illustrer cet article).

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2 jours de festival et déjà 9 films vus et autant de regards, toujours singuliers et passionnants, sur des visages, souvent sombres (voire très sombres) des pays asiatiques dans tous leurs Etats et états. Corée du Sud, Inde, Chine, Philippines, Kazakhstan, Indonésie, Japon…Autant de pays différents esquissés et traversés en deux jours et pourtant, partout, un commun désarroi. De forts personnages féminins souvent broyés par l’existence, par leurs mères, par les hommes (beaucoup de viols, de suicides aussi), sans (re)pères, une police souvent incompétente et corrompue. Des sujets sensibles traités avec plus ou moins de délicatesse, et rarement de l’espoir au bout du chemin. Des réalités suffocantes dans lesquelles la mort devient alors presque une alternative joyeuse.  La seule.

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Mais revenons au début. A l’ouverture. Deauville, comme un pied-de-nez à la noirceur des films projetés s’était parée d’un soleil éblouissant, renforçant cette impression que, à force d’y avoir vécu, raconté, inventé tant de festivals, je ne l’ai jamais vraiment quittée, me croyant ainsi revenue au dernier Festival du Cinéma Américain qui s’était déroulé sous un soleil éblouissant.  Si seulement d’ailleurs ces six derniers mois n’avaient pas existé. Mais c’est une autre histoire que je vous raconterai peut-être ailleurs et autrement.

Comme pour renforcer cette impression de réminiscence, le film d’ouverture intitulé « No man’s land » avait des accents américains, déjantés et tarantinesques (pléonasme) malgré sa nationalité chinoise.

Ledit film d’ouverture fut précédé d’un hommage à à Malani Senehelatha Fonseka « La Reine du cinéma sri-lankais » qui  a figuré en 2010 dans le classement des 25 plus grandes actrices de tous les temps établi par CNN avec pas moins de 140 films à son actif.

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Revenons donc à notre  western chinois qui, tout en permettant à son anti-héros une traversée périlleuse dans le désert de Gobi, rend hommage à John Ford, Tarantino (et à la série B, par voie de conséquence), et même aux Coen jonglant avec les inspirations et les genres avec beaucoup de talent et surtout mettant en scène une galerie de personnages marginaux dans des lieux interlopes et dans un désert qui, comme, tel le décor de « La mort aux trousses », devient paradoxalement un enfermement. Un humour décapant dépassant allègrement les frontières de l’absurde. Un rythme haletant qui a fait démarrer ce festival sur les chapeaux de roue. Ne manquait plus que John Wayne et le tableau était parfait. A défaut de perfection, ce « No man’s land » jubilatoire servi par une photographie inspirée, mérite indéniablement le prix de l’originalité.

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L’Indien « Ugly », bien éloigné des clichés bollywoodiens,  dresse, quant à lui, un portrait sans concessions d’une société indienne patriarcale,  misogyne et surtout d’une police corrompue. Un thriller teinté de critique sociale qui pâtit d’un montage qui, à force de se vouloir audacieux, brise un peu la logique scénaristique,  et d’une interprétation hasardeuse. Ce film a néanmoins le mérite de montrer un autre visage de l’Inde et de réussir à nous tenir en haleine du début à la fin. Cette violence sociale est entrecoupée de quelques scènes tristement saugrenues  et burlesques pour dénoncer la bêtise de la police.

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Dans l’Indonésien « Toilet blues », le réalisateur Dirmawan Hatta dresse le  portrait en filigrane de deux jeunes en route pour un ailleurs, prétexte à une quête d identité et de leurs destins. Filmé avec la lenteur contemplative et les longs plans qu’affectionnent les cinéastes indonésiens et enrichi par une frontière judicieusement floue entre passé et présent, entre rêve et réalité. Un film non dénué de sensualité mais aussi l’œuvre un peu trop appliquée d’un cinéaste néanmoins prometteur.

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Le Coréen « Steel cold winter » mélange sciemment l’horreur et l’amour, la noirceur et l’innocence pour traiter des ravages de la rumeur, d’une fatale et destructrice perte d’innocence. Quelques scènes particulièrement lumineuses au milieu du carnage malgré des métaphores peut-être un peu trop appuyées.

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Direction le Kazakhastan pour le film qui est pour l’instant mon coup de cœur de cette compétition, « Nagima » de Zhanna Issabayeva. L’histoire d’une jeune femme abandonnée à la naissance et placée dans un orphelinat. Un rare sens du cadre. Une photographie sublime à l’inverse du sujet, d’une ineffable dureté. De ce contraste émane une grâce inattendue, remarquable et poignante. Un film à la fois pudique et sans concessions avec un dénouement particulièrement fracassant, d’une fureur et d’un désespoir déchirants pour raconter les affres du destin (ou de l’absence de destin) d’une vie terriblement ordinaire.

Dans « Mater Dolorosa »,  film philippin de Adolfo B.Alix, Jr, l’héroïne est une sorte de Don Corleone au féminin, de « marraine » prête à tout pour protéger sa famille que le cinéaste filme avec beaucoup de douceur au contraire de l’univers, de violence et de trafics,  dans lequel évoluent les personnages. Une photographie remarquable, sorte de  noir et blanc tacheté (et tâché) de rouge souligne ce mélange qui ne manque pas de charme. Un scénario pas assez abouti nuit malheureusement à l’ensemble.

 

Enfin, le Coréen « Hang Gong-Ju » (étoile d’or du Festival de Marrakech) est le film qui m’a le plus dérangée par le traitement de son sujet sordide (un viol collectif), raconté en flash-backs, un pseudo-suspense, procédé à mon  sens malsain pour rendre compte d’un drame terrible, avec un manque de sobriété dans le traitement donc et un peu trop de manichéisme aussi (les hommes du film représentent l’animalité et la lâcheté même si un personnage féminin, celui de la mère, n’est pas non plus épargné). Dommage car l’intention, même si trop visible, était noble : rendre hommage aux victimes obligés de se conduire comme des coupables.  Un magnifique personnage féminin néanmoins, lumineux malgré l’horreur vécue, porté par une interprétation exemplaire.

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Dans « Suneug », autre film coréen (hors compétition cette fois), la vision de la société coréenne n’était guère plus reluisante. La compétition poussée à son paroxysme conduit quelques lycéens à fonder une sorte de société secrète pour rester parmi les meilleurs qui accéderont à l’université convoitée, la fin justifiant tous les moyens. Une belle métaphore avec les planètes sur la place de l’individu qui, pour être porté au firmament, doit s’exclure. Qui, pour exister dans la société, doit nier une part de lui-même. Une réalisation ingénieuse accompagne cet enfermement progressif. Jusqu’à ce que la lumière, l’espoir, l’avenir, le soleil s’éclipsent, au propre comme au figuré, jusqu’à ce que l’avenir se réduise à 4 murs. Une belle démonstration par l’exagération. Un film prenant et brillamment écrit.

Le Festival a également rendu hommage au cinéaste japonais Hideo Nakata et projeté en première mondiale son dernier film « Monsterz ».  Je vous en parlerai ultérieurement.

A ce soir pour la suite du voyage et le palmarès…

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