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Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz 2020 : l'affiche

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"L'espoir est une mémoire qui désire" écrivait Balzac. C’est cet avenir empli d’espoir nourri de la mémoire de toutes les pépites sur lesquelles le Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz et son directeur artistique Patrick Fabre ont braqué un projecteur (A peine j’ouvre les yeux, Jusqu’à la garde, Les Invisibles, J’enrage de son absence, Olli Maki, Le Géant égoïste, Une bouteille à la mer, Compte tes blessures, Respire…parmi tant d'autres) que cette affiche du Festival International de Saint-Jean-de-Luz met doublement à l’honneur.

Irradiée de lumière, en mouvement et tournée vers l’avenir, elle est à l'image du cinéma que célèbre ce festival car demain à nouveau et plus que jamais nous embrasserons cette vie que le cinéma exhale et exalte.

Cette affiche ensoleillée réalisée par Manuel Moutier met aussi en lumière Rod Paradot, l’inoubliable Malony de La tête haute d’Emmannuelle Bercot. Il y incarne avec une maturité étonnante cet adolescent insolent et bravache qui n’est au fond encore que l’enfant qui pleure des premières minutes du film. Un film là aussi riche de croyances en l’avenir qui raconte que chacun peut empoigner son destin quand une main se tend. Un film qui s'achève en ouvrant sur un nouveau départ. Un espoir, donc. (en bonus, ci-dessous, ma critique complète du film)


Un festival ressemble à un film : un concentré d’émotions exacerbées, de rencontres parfois insolites, sur les écrans et en dehors, un début, une fin, des rebondissements, et une concentration spatio-temporelle. Si ce festival était un film, ce serait le mélange détonant entre le cinéma de Sautet et celui de Fellini : une célébration amicale du cinéma dans une atmosphère joyeusement surréaliste, dans le décor de cinéma de Saint-Jean-de-Luz, entre océan parfois tumultueux et montagne stoïque, à quelques pas de l’Espagne, si bien que vous entendez plus souvent la langue de Cervantès que celle de Molière, si bien que vous avez l’impression que, là-bas, dans ce doux ailleurs, l’actualité marque une pause même si les films l’éclairent souvent judicieusement. Ce serait un road movie, fenêtre ouverte sur des mondes. Ce serait un film utopique où tout le monde est bienveillant, là pour l’amour du cinéma, un cinéma ouvert sur l’extérieur et sur  les autres.

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 Selon Saint-Exupéry "Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction" : ainsi, avec tous ces regards avides tournés vers un même écran, le cinéma serait-il le paroxysme amoureux ? Ne nous fait-il pas régulièrement chavirer d’émotion(s) ? Ne nous rend-il pas souvent plus clairvoyants ? Plus intensément vivants même parfois ? Comme Amélie Poulain, n’avez-vous jamais éprouvé la tentation de vous retourner pour regarder cette salle envoûtée? (Moi, si). Je l’aime un peu, beaucoup, passionnément ce cinéma. Mais que serait-il ce palpitant voyage immobile, ce jubilatoire rendez-vous avec des destins capturés ou sublimés, sans cet antre familier évocateur et projecteur de mystères qui en exalte et exacerbe la puissance évocatrice ? Des rêves bridés. Une fenêtre sur le monde seulement entrebâillée. Une étreinte avec l'imaginaire bâclée.

Incomparable est la fébrilité impatiente d'une salle qui retient son souffle quand le générique s'élance ou à la fin juste avant qu'un film ne balbutie ses derniers secrets. Et ce bruissement quand une salle entière vacille de la même émotion ! Et cet étourdissement quand on ressort de la salle, ignorant la foule et la réalité et le présent et le lendemain et même que tout cela n'est "que" du cinéma, transportés ailleurs, loin, avec l'envie parfois même de "chanter sous la pluie" et de croire en tous ces (im)possibles auxquels il donne vie et invite et incite ! Sans salle de cinéma, lanterne décidément magique qui suspend le vol de notre temps insatiablement impatient, le 7ème art, comme le personnage de Gabin dans "Le jour se lève", a "un œil gai et un œil triste". Et moi aussi j'ai l'impression de ne voir qu'à demie émotion ou indistinctement ces images qui méritent d'étinceler. En attendant de retrouver les salles obscures, braquons la lumière sur les festivals de cinéma particulièrement ébranlés aussi en ce moment et qui en décuplent les émotions, et en révèlent les talents. Indispensables, espérons qu'ils ne seront pas les oubliés des mesures prises aujourd'hui pour soutenir le monde de la culture.

Le Cinéma Le Sélect dans le cadre duquel se déroule le festival vient d’ailleurs de recevoir le prix mérité de 2ème meilleur cinéma de France. Bravo au passage à l'équipe de passionnés du Sélect.  Petit aparté pour vous dire que vous pouvez aussi le retrouver dans mon recueil de nouvelles Les illusions parallèles (une des nouvelles se déroule intégralement dans le cadre du festival...et un des personnages est ouvreuse au Sélect).


La 7ème édition du festival aura lieu du 5 au 11 octobre 2020. Alors, "la tête haute", croyons en de heureux hasards (et des lendemains meilleurs où, à nouveau, nous irons tous au cinéma et en festivals, indispensables pour mettre en lumière le 7ème art et a fortiori les films plus fragiles mais non moins éblouissants, à l'image de cette radieuse affiche) car pour terminer comme j'ai commencé, par une citation de Balzac : "Le hasard est le plus grand romancier du monde." Non ?

 

Critique La tête haute d'Emmanuelle Bercot (écrite suite à la projection du film en ouverture du 68ème Festival de Cannes)

La tête haute, Emmanuelle Bercot, cinéma, film,

"La tête haute" était le film d'ouverture du 68ème Festival de Cannes.Le temps de débarrasser la scène du Grand Théâtre Lumière des apparats de l’ouverture de ce 68ème Festival de Cannes, et nous voilà plongés dans un tout autre univers : le bureau d’une juge pour enfants (Catherine Deneuve), à Dunkerque. La tension est palpable. Le ton monte. Les éclats de voix fusent. Une femme hurle et pleure. Nous ne voyons pas les visages. Seulement celui d’un enfant, Malony, perdu au milieu de ce vacarme qui assiste, silencieux, à cette scène terrible et déroutante dont la caméra frénétique accompagne l’urgence, la violence, les heurts. Un bébé crie dans les bras de sa mère qui finalement conclut à propos de Malony qu’il est « un boulet pour tout le monde ». Et elle s’en va, laissant là : un sac avec les affaires de l’enfant, et l’enfant, toujours silencieux sur la joue duquel coule une larme, suscitant les nôtres déjà, par la force de la mise en scène et l’énergie de cette première scène, implacable. Dix ans plus tard, nous retrouvons les mêmes protagonistes dans le même bureau …

Ce film est réalisé par Emmanuelle Bercot dont j’avais découvert le cinéma et l’univers si fort et singulier avec « Clément », présenté à Cannes en 2001, dans le cadre de la Section Un Certain Regard, alors récompensé du Prix de la jeunesse dont je faisais justement partie cette année-là. Depuis, je suis ses films avec une grande attention jusqu’à « Elle s’en va », en 2013, un très grand film, un road movie centré sur Catherine Deneuve, « né du désir viscéral de la filmer ». Avant d’en revenir à « La tête haute », je ne peux pas ne pas vous parler à nouveau de ce magnifique portrait de femme sublimant l’actrice qui l’incarne en la montrant paradoxalement plus naturelle que jamais, sans artifices, énergique et lumineuse, terriblement vivante surtout. C’est aussi une bouffée d’air frais et d’optimisme qui montre que soixante ans ou plus peut être l’âge de tous les possibles, celui d’un nouveau départ. En plus d’être tendre (parfois caustique mais jamais cynique ou cruel grâce à la subtilité de l’écriture d’Emmanuelle Bercot et le jeu nuancé de Catherine Deneuve), drôle et émouvant, « Elle s’en va » montre que, à tout âge, tout peut se (re)construire, y compris une famille et un nouvel amour. « Elle s’en va » est de ces films dont vous ressortez émus et le sourire aux lèvres avec l’envie d’étreindre le présent. ( Retrouvez ma critique complète de ELLE S'EN VA en cliquant ici.)

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Et contre toute attente, c’est aussi l’effet produit par « La tête haute » où il est aussi question de départ, de nouveau départ, de nouvelle chance. Avec beaucoup de subtilité, plutôt que d’imprégner visuellement le film de noirceur, Emmanuelle Bercot a choisi la luminosité, parfois le lyrisme même, apportant ainsi du romanesque à cette histoire par ailleurs particulièrement documentée, tout comme elle l’avait fait pour « Polisse » de Maïwenn dont elle avait coécrit le scénario. Le film est riche de ce travail en amont et d’une excellente idée, celle d' avoir toujours filmé les personnages dans un cadre judiciaire : le bureau de la juge, des centres divers… comme si toute leur vie était suspendue à ces instants.

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Le grand atout du film : son énergie et celle de ses personnages attachants interprétés par des acteurs judicieusement choisis. Le jeune Rod Paradot d’abord, l’inconnu du casting qui ne le restera certainement pas longtemps et qui a charmé l’assistance lors de la conférence de presse cannoise du film, avec son sens indéniable de la répartie (« la tête haute mais la tête froide »…), tête baissée, recroquevillé, tout de colère rentrée parfois hurlée, dont la présence dévore littéralement l’écran et qui incarne avec une maturité étonnante cet adolescent insolent et bravache qui n’est au fond encore que l’enfant qui pleure des premières minutes du film. Catherine Deneuve, ensuite, une nouvelle fois parfaite dans ce rôle de juge qui marie et manie autorité et empathie. L’éducateur qui se reconnaît dans le parcours de ce jeune délinquant qui réveille ses propres failles incarné par Benoît Magimel d’une justesse sidérante. La mère (Sara Forestier) qui est finalement l’enfant irresponsable du film, d’ailleurs filmée comme telle, en position fœtale, dans une très belle scène où les rôles s’inversent. 

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Ajoutez à cela des idées brillantes et des moments qui vous cueillent quand vous vous y attendez le moins : une main tendue, un « je t’aime »furtif et poignant, une fenêtre qui soudain s’est ouverte sur « Le Monde » (littéralement, si vous regardez bien…) comme ce film s’ouvre sur un espoir.

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Après « Clément », « Backstage », «  Elle s’en va », Emmanuelle Bercot confirme qu’elle est une grande scénariste et réalisatrice (et actrice comme l'a prouvé son prix d'interprétation cannois) avec qui le cinéma va devoir compter, avec ce film énergique et poignant, bouillonnant de vie, qui nous laisse avec un salutaire espoir, celui que chacun peut empoigner son destin quand une main se tend et qui rend un bel hommage à ceux qui se dévouent pour que les enfants blessés et défavorisés par la vie puissent grandir la tête haute. Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde, un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix d'ouverture du 68ème Festival de Cannes et de lui donner cette visibilité.

Conférence de presse

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Ci-dessous, quelques citations de la conférence de presse du film à laquelle j’ai assisté à Cannes. Une passionnante conférence au cours de laquelle il a été question de nombreux sujets, empreinte à la fois d’humour et de gravité, puisqu’a aussi été établi un lien entre le choix de ce film pour l’ouverture et les récents événements en France auxquels le film fait d’ailleurs, d’une certaine manière, écho. Vous pouvez revoir la conférence sur le site officiel du Festival de Cannes. Dommage que Catherine Deneuve (étincelante) ait eu à se justifier (très bien d’ailleurs, avec humour et intelligence) de propos tenus dans la presse, extraits de leur contexte et qui donnent lieu à une polémique qui n’a pas de raison d’être.

« Je tenais à ce que tout soit absolument juste » -Emmanuelle Bercot (à propos de tout ce qui se passe dans le cadre judiciaire où elle a fait plusieurs stages avec ce souci de vraisemblance et même de véracité). « Les personnages existaient avant les stages puis ont été nourris par la part documentaire ».

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« La justice des mineurs est un honneur de la France » – Emmanuelle Bercot

« Si c’est méchant, j’espère que c’est drôle ». – Catherine Deneuve à propos d’une question d’une journaliste au sujet de la caricature de Charloe Hebdo (très cruelle) à son sujet et qu’elle n’avait pas encore vue.

« C’était très important pour moi que ce film ait son socle dans le Nord. » Emmanuelle Bercot

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« Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

« En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

« Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

« Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » – Catherine Deneuve

« Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le coeur. »

« C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

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