Palmarès et cérémonie de clôture du 78ème Festival de Cannes (24/05/2025)

Après deux semaines de compétition de haut vol, le 78ème Festival de Cannes s’achève. Le jury, présidé par Juliette Binoche, composé de Halle Berry, Payal Kapadia, Alba Rohrwacher, Leïla Slimani, Dieudo Hamadi, Hong Sangsoo, Carlos Reygadas et Jeremy Strong a dévoilé son palmarès.
Ce sont les deux films entre lesquels mon cœur balançait et pour lesquels je vous avais fait part de mon enthousiasme que nous retrouvons lauréats de la Palme d’or et du Grand Prix, Un simple accident de Jafar Panah et Valeur sentimentale de Joachim Trier.
La Présidente du Jury de la Caméra d'Or, Alice Rohrwacher a remis le prix du meilleur premier film décerné à l'Irakien Hasan Hadi pour The President’s Cake. Elle a ainsi déclaré que c’était « Une œuvre qui nous a hanté, moi et mon Jury, comme un fantôme.»
L’acteur John C.Reilly, avant de remettre le prix du scénario, a apporté une note de magie et a envoûté le Grand théâtre Lumière en chantant La vie en rose d'Edith Piaf. Un prix qui a été attribué aux frères Dardenne pour Jeunes mères (sur lequel je reviendrai prochainement). Ils remportent ainsi leur deuxième prix du scénario après Le Silence de Lorna en 2008, sans oublier leurs Palmes d'or pour Rosetta en 1999 et L'Enfant en 2005.
J’avais prédit un Prix du jury au viscéral et sensoriel Sirat d’Oliver Laxe. Je suis ravie que le jury ait eu le même ressenti.
Jafar Panahi a dédié la projection de son film à « tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran ». Il ne fait aucun doute que sa voix les défendra et portera bien au-delà de l’Iran, a fortiori après cette Palme d’or amplement méritée. Si l’art rend les étreintes éternelles, il donne aussi de la voix aux cris de rage et de détresse. Comme l’a si justement remarqué la présidente du jury de cette 78ème édition, Juliette Binoche, lors de la remise de la Palme d’or, « l’art provoque, questionne, bouleverse », est « une force qui permet de transformer les ténèbres en pardon et en espérance. » Comme ce film. Comme cette mariée et sa robe blanche qui résiste aux ténèbres de la vengeance. La force n'est pas ici physiquement blessante, mais c'est celle des mots et des images, en somme du cinéma, qui feront surgir la vérité et ployer l'oppresseur. Lors de la cérémonie de clôture, le cinéaste, très ému, a également dit ceci : « C'est vraiment difficile de parler. Avant de dire quelque chose permettez-moi de remercier ma famille pour toutes ces fois où j'ai été absent. Je n'aurais pas pu faire ce film sans une équipe engagée. C'est le moment de demander une chose à tous les Iraniens dans le monde : mettons tous nos problèmes et nos différences de côté. Le plus important, c'est notre pays et la liberté de notre pays. »
Dans Valeur sentimentale, qui aurait tout autant mérité la palme d’or, le cinéaste Joachim Trier ausculte cependant avant tout les méandres des blessures familiales, les fantômes qui planent sur cette maison, la transmission douloureuse qu’elle représente comme le signifie cette séquence onirique avec les visages empreints de tristesse du père et de ses deux filles qui se (con)fondent. Une histoire universelle et d’une grande sensibilité sur le manque d’amour ou le mal-amour, sur les ombres du passé et du cœur avec des personnages attachants, dans leurs failles comme dans leurs combats. Ces fondus au noir qui séparent les séquences sont comme le masque ou le mur qui sépare les membres de la famille et que le décor reconstitué abattra. Une mise en abyme ingénieuse entre la vie et le cinéma, sur l’art qui guérit les maux de la vie. Joachim Trier dénoue avec beaucoup de pudeur la complexité des rapports familiaux et des blessures intimes, distillant tout doucement l’émotion tout du long, pour susciter la nôtre à la fin. Allez savoir si le décor ne va pas exploser, les fissures se réparer, et la valeur sentimentale l’emporter… Pour cela, il vous faudra vous plonger dans cette Valeur sentimentale subtile et poignante.
Quel beau titre d'ailleurs qui désigne autant ce que représente la maison, que ce qui unit les membres de la famille qu'elle réunit. Peut-être finalement un titre qui pourrait résumer ce qu’a apporté cette remarquable 78ème édition. Plus que jamais, avec ce palmarès, le Festival de Cannes confirme qu’il est la caisse de résonance des films les plus singuliers, inventifs, audacieux et engagés du monde, et que sa valeur sentimentale n’est pas à démontrer.
Palme d’or
UN SIMPLE ACCIDENT, de Jafar PANAHI
Grand Prix
VALEUR SENTIMENTALE, de Joachim TRIER
Prix de la mise en scène
Kleber MENDONÇA FILHO pour L’AGENT SECRET
Prix du jury (ex-æquo)
SIRÂT, d'Oliver LAXE
SOUND OF FALLING, de Mascha SCHILINSKI
Prix du scénario
Jean-Pierre DARDENNE & Luc DARDENNE pour JEUNES MÈRES
Prix spécial
RESURRECTION, de Bi GAN
Prix d’interprétation féminine
Nadia MELLITI dans LA PETITE DERNIÈRE de Hafsia HERZI
Prix d’interprétation masculine
Wagner MOURA dans L’AGENT SECRET de Kleber MENDONÇA FILHO
Caméra d’or
THE PRESIDENT’S CAKE de Hasan HADI
Mention spéciale de la Caméra d’or
MY FATHER’S SHADOW d'Akinola DAVIES JR
Palme d’or du court-métrage
I’M GLAD YOU’RE DEAD NOW, de Tawfeek BARHOM
Mention Spéciale des courts métrages
ALI, d'Adnan AL RAJEEV
Prix Un certain regard
THE MYSTERIOUS GAZE OF THE FLAMINGO, de Diego CÉSPEDES
Prix du jury - Un certain regard
UN POETA, de Simón MESA SOTO
Prix de la mise en scène - Un certain regard
Arab et Tarzan NASSER, pour ONCE UPON A TIME IN GAZA
Meilleur acteur - Un certain regard
Frank DILLANE, dans URCHIN réalisé par Harris Dickinson
Meilleur actrice - Un certain regard
Cleo DIÁRA, dans LE RIRE ET LE COUTEAU réalisé par Pedro Pinho
Meilleur scénario - Un certain regard
PILLION, de Harry LIGHTON (1er film)
23:55 Écrit par Sandra Mézière | Lien permanent | Commentaires (0) |
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