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CYCLE ALAIN DELON - Page 5

  • « Le Professeur » de Valerio Zurlini avec Alain Delon, Sonia Petrova, Lea Massari…

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    Connaissant mon addiction, assumée et revendiquée, aux films avec Alain Delon une amie blogueuse m'a parlé du « Professeur » de Zurlini et apprenant avec stupéfaction que je n'avais jamais vu ce film  elle me l'a gentiment prêté pour que je puisse combler cette impardonnable lacune... Histoire d'aggraver mon cas : j'avoue, légèrement honteuse,  qu'il s'agit également du premier film de Zurlini  que je regarde. Je vais essayer de me faire pardonner tous ces délits en vous parlant de ce film méconnu.

    professeur.jpgNous sommes en 1972, Alain Delon vient de tourner des chefs d'œuvre comme « La Piscine » ou « Le Cercle rouge » (mais également un excellent film comme « Borsalino » dont je vous rappelle qu'il est sorti hier en DVD). Marcello Mastroianni n'étant pas disponible, Zurlini fait appel à Alain Delon qui répond positivement et avec enthousiasme décidant même de coproduire le film. Il  demandera ainsi à Zurlini d'amputer le film de 20 minutes et de changer le titre pour un titre plus « delonien ».  Après Visconti et Antonioni, Zurlini s'ajoute donc à la liste des réalisateurs italiens à faire tourner Delon qui retrouve ici Lea Massari avec qui il avait tourné dans « l'Insoumis » en 1964.

    Delon incarne ici un jeune professeur de littérature nommé Daniel Dominici qui remplace un professeur malade au lycée de Rimini, lycée de riches et oisifs élèves. Il mène une vie d'infidélités assumées avec sa femme (Léa Massari) avec laquelle il vit « par désespoir plus que par habitude »,  qui seule semble comprendre sa blessure secrète, et il passe son temps à jouer et perdre aux cartes, et à boire.  C'est ce même sentiment de blessure qu'il décèle chez une de ses élèves de 19 ans, la mystérieuse et sombre Vanina (Sonia Petrova) dont il tombe amoureux.

    Dès les premiers plans, ce film tranche avec les films habituels dans lesquels joue Alain Delon. D'abord par son atmosphère. Celle de la ville italienne de Rimini hors saison, déserte, brumeuse, maussade, oppressante au bord d'une mer plus glaçante que chaleureuse. Le désespoir se lit sur les visages et s'insinue dans les rues désertes et brumeuses, et la tragédie semble menacer de s'abattre à tout instant, à nouveau, là où chacun semble traîner ses blessures enfouies. Ensuite dans le rythme où se mêlent ennui, langueur, oisiveté, mélancolie. Enfin et surtout dans le personnage incarné par Alain Delon. Mal rasé, ombrageux, usé, vêtu d'un long manteau beige informe et sans âge qu'il traîne nonchalamment et ne quitte jamais comme son mal être, c'est un professeur peu soucieux des convenances qui propose des cigarettes à ses élèves en classe et leur demande de raconter leur vie en dissertation pendant qu'il s'absente de la classe. Et qui surtout leur parle de poésie, de littérature (de Pétrarque, de Goethe, de Manzoni, et de Stendhal auquel le prénom de Vanina fait évidemment penser) qu'il aime plus que son métier, plus que la vie aussi semble-t-il. Amoureux de poésie dans laquelle il noie ses chagrins, ses secrètes fêlures et sa mélancolie et dont le visage d'ange inquiet de Vanina lui semble être le reflet. Elle sera d'ailleurs la seule à traiter le sujet de Manzoni sur le vice et la vertu qu'elle pourrait lui avoir inspiré.

    Dans cette ville grisâtre de Rimini, c'est aussi un portrait sans concession de la société italienne du début des années 1970 dépravée, cruelle, même perverse. Cette froideur et cette obscurité se retrouvent dans la réalisation qui reflète la face sombre et l'accablement des personnages.

    Si cette atmosphère est essentiellement suffocante, (une atmosphère exacerbée par une musique qui résonne comme un cri angoissé) les dernières minutes au cour desquelles la vérité des visages et des sentiments (de ses origines aristocrates aussi qu'il avait dissimulées) de Dominici éclatent , au cour desquelles Daniel trouve dans la mort "La prima notte di quiete" (vers de Goethe qu'il cite et qui fait référence à  la première nuit de quiétude parce qu'elle est sans rêve) sont d'une force poignante

    Avec ce rôle intériorisé, Delon, une nouvelle fois bluffant, joue un personnage désespéré, loin de ses personnages plus habituels à la beauté arrogante et à l'arrogance désinvolte, dans une société elle-même sans espoir, une  prestation saisissante d'une impressionnante justesse et crédibilité qui rend bouleversant ce film aussi douloureux qu'imparfait qui nous accompagne néanmoins longtemps après le générique comme un air pesant et mélancolique.

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    La soirée Paramount de lancement du DVD de Borsalino (vidéos et critique du film)

    Documentaire sur Alain Delon

     « Les Montagnes russes », 

     « Sur la route de Madison »,

    « Love letters ».

     « La Piscine » de Jacques Deray

     Le Guépard » de Visconti

  • Soirée Paramount de lancement du DVD de "Borsalino" de Jacques Deray au cinéma Le Balzac

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    Ci-dessus, une partie de l'équipe du film, hier soir, 40 ans après la sortie en salles...

    Je vous disais hier ce que représentait « Borsalino » pour moi. Il fait partie de ces films que je revoyais inlassablement aux prémisses de ma passion pour le cinéma. Ce n'est certes pas le meilleur film de ses deux acteurs principaux. Ni même le meilleur film de Jacques Deray (qui est pour moi « La Piscine »). Même s'il a de nombreuses qualités et même si j'éprouve pour celui-ci une tendresse particulière. Mais, surtout, il a pour moi un parfum de réminiscence,  celle des balbutiements de ma passion pour le cinéma. Un parfum d'enfance même. Le voir en salles (et donc pour moi le voir pour la première fois en salles) 40 ans après sa sortie, dans une salle intime du cinéma Le Balzac  (que je vous recommande au passage, cliquez ici pour visiter leur site officiel et leur blog, un cinéma à la programmation toujours inventive) en présence d'une partie de l'équipe du film était donc un évènement réjouissant pour moi. Je remercie donc au passage la Paramount de m'avoir invitée pour cette soirée exceptionnelle de lancement du DVD (avec lequel j'ai eu la chance de repartir et que vous pourrez acquérir dès ce 19 novembre).

    Malheureusement Jean-Paul Belmondo n'était pas là, et Alain Delon n'a finalement pas pu venir ayant eu un empêchement de dernière minute (vous verrez dans la vidéo ci-dessus Agnès Vincent Deray lire le mot qu'il a laissé)- je n'ai donc pas pu lui transmettre mon scénario mais je n'abandonne pas pour autant...:-)-, ce magnifique générique n'a donc pu être renouvelé ... Etaient néanmoins présents quelques membres de l'équipe du film : Nicole Calfan, Corinne Marchand, Eugène Saccomano, et Claude Bolling qui a rejoué la musique qu'il avait créé pour le film. Cette musique alerte et rapide qui a certainement contribué au succès du film. Après la musique et les frissons suscités par ces notes si reconnaissables jouées par son compositeur, place au cinéma avec d'abord quelques extraits en avant-première des bonus du DVD (qui ont fait réagir la salle, acquise et complice, notamment aux propos d'Alain Delon qui se confie longuement dans le DVD, interviewée par Agnès-Vincent Deray) puis à la projection de « Borsalino »...

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    Claude Bolling, le compositeur de la musique de "Borsalino", hier soir

    Voilà. C'était en 1970. 4, 7 millions de spectateurs avaient alors vu ce film produit par Alain Delon. Un film alors très médiatisé. Et pour cause : deux mythes du cinéma s'y retrouvaient pour la première fois, 28 ans avant que Patrice Leconte les réunisse à nouveau pour « Une chance sur deux ». Belmondo avait d'ailleurs reproché à Delon d'être deux fois sur l'affiche, en tant que producteur et en tant qu'acteur. Ce jeu et cette apparente concurrence entre les deux acteurs avaient même conduit Jacques Deray à s'arranger pour qu'ils aient exactement le même nombre de plans et il est vrai que les deux acteurs y sont autant l'un que l'autre à leur avantage...

    Basé sur le roman « Bandits à Marseille » d'Eugène Saccomano, « Borsalino » est inspiré de l'histoire des bandits Carbone et Spirito   dont les noms avaient finalement été remplacés en raison de leurs rôles pendant l'Occupation. On y retrouve, outre Delon et Belmondo,  Nicole Calfan, Françoise Christophe, Corinne Marchand, Mireille Darc (qui fait une apparition remarquée) mais aussi Michel Bouquet, Julien Guiomar, Mario David, Laura Adani. Les dialogues sont signés Jean-Claude Carrière, co-scénariste avec Claude Sautet, Jacques Deray, Jean Cau. Rien de moins !

    Début des années 30 à Marseille. Roch Siffredi (Alain Delon) sort de prison. Venu retrouver son amie Lola (Catherine Rouvel) il rencontre par la même occasion son nouvel amant François Capella (Jean-Paul Belmondo). S'ensuit une bagarre entre les deux rivaux, elle scellera le début d'une indéfectible amitié.  Capella cherche à se faire une place dans la pègre marseillaise. Les deux truands vont ainsi se trouver et  se respecter. De cette réunion va naître une association de malfaiteurs florissante puis une amitié à la vie, à la mort qui va leur permettre de gravir les échelons de la Pègre marseillaise !

    D'un côté, Capella/Belmondo séducteur, désinvolte, bon vivant,  aux goûts clinquants et aux manières cavalières. De l'autre Siffredi/Belmondo élégant, ambitieux, taciturne, froid, implacable, presque inquiétant. Deux mythes du cinéma face à face, côte à côte qui jouent avec leurs images. Parfois avec dérision (ah la scène de la baignade, ah la bagarre...), démontrant ainsi d'ailleurs l'humour dont ils savaient et savent faire preuve même celui dont ses détracteurs l'accusaient à tort d'en être dépourvu, même si dans le DVD on reconnaît plus volontiers cette qualité à Jean-Paul Belmondo et à Delon... sa générosité. Jouant avec leur image encore lorsqu'ils deviennent des gangsters stars sur le passage desquels on se  détourne, et applaudis par la foule, comme ils le sont en tant qu'acteurs.

    C'est aussi un hommage aux films de gangsters américains, aux films de genre, avec leurs voitures rutilantes,  leurs tenues élégantes parfois aussi clinquantes (dont le fameux Borsalino qui inspira le titre du film), leurs femmes fatales mystérieuses ou provocantes, leurs lieux aussi folkloriques et hauts en couleurs que les personnages qui les occupent. En toile de fond la pittoresque Marseille, Marseille des années 30,  sorte de Chicago française, Marseille luxueusement reconstituée que Deray filme avec minutie, chaleur, avec l'allégresse qui illumine son film influencé par l'atmosphère ensoleillée et chaleureuse de Marseille. Sa caméra est alerte et virevoltante et elle accompagne avec une belle légèreté et application quelques scènes d'anthologie comme celle de la fusillade dans la boucherie. Tout cela donne au film une vraie « gueule d'atmosphère » qui n'appartient qu'à lui. Et s'il n'y a pas réellement de suspense, Deray nous fait suivre et vivre l'action sans penser à la suivante, à l'image de Siffredi et Capella qui vivent au jour le jour;  il  ne nous embarque pas moins avec vivacité dans cette ballade réjouissante, autant teintée d'humour et de second degré (dans de nombreuses scènes mais aussi dans les dialogues, savoureux) que de nostalgie, voire de mélancolie suscitée par la solitude du personnage de Delon dont la majesté de fauve, parfois la violence, semblent être les masques de la fragilité. Et dont la solitude fait écho à celle de l'acteur, auréolé d'un séduisant mystère. Celui d'un fauve blessé.

    Un film que ses deux acteurs principaux font entrer dans la mythologie de l'Histoire  du cinéma, et qui joue intelligemment avec cette mythologie, ce film étant par ailleurs  avant tout un hymne à l'amitié incarnée par deux prétendus rivaux de cinéma.  Ce sont évidemment deux rôles sur mesure pour eux mais c'est aussi toute  une galerie de portraits et de personnages aussi pittoresques que la ville dans laquelle ils évoluent qui constitue d'ailleurs  un véritable personnage (parmi lesquels le personnage de l'avocat magistralement interprété par Michel Bouquet). Un film avec un cadre, une ambiance, un ton, un décor, deux acteurs uniques. Et puis il y a l'inoubliable musique de Claude Bolling avec ses notes métalliques parfois teintées d'humour et de violence, de second degré et de nostalgie, d'allégresse et de mélancolie,  de comédie et de polar entre lesquels alterne ce film inclassable.

    « Borsalino » fut nommé aux Golden Globes et à l'ours d'or. Quatre ans plus tard Jacques Deray réalisera Borsalino and co, de nouveau avec Alain Delon, sans connaître le même succès auprès du public et de la critique. Reste un film qui, 40 ans après, n'a rien perdu de son aspect jubilatoire et semble même aujourd'hui encore, pour son habile mélange des genres, en avoir inspiré beaucoup d'autres. Imité, rarement égalé. En tout cas inimitable pour ses deux personnages principaux que ses deux acteurs mythiques ont rendu à leurs tours mythiques, les faisant entrer dans la légende, et dans nos souvenirs inoubliables, inégalables et attendris de cinéphiles.

    Si vous voulez vous aussi acheter votre ticket pour ce voyage dans la mythologie cinématographique, ce sera dès possible ce 19 novembre avec la sortie de ce DVD que je vous recommande, vous l'aurez compris...

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     DVD 2 : Plus de 2 heures de suppléments inédits - Bonus réalisés par Agnès vincent Deray et Pierre-Henri Gibert : reportage sur le tournage du film en 1969, interviews des acteurs à la sortie du film en 1970, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon racontent leurs personnages, les Parisiennes chantent le thème de Borsalino, la Genèse du film (témoignages de Jean-Claude Carrière et Eugène Saccomano), les secrets du tournage (témoignages de Michel Bouquet, Nicole Calfan, Françoise Christophe, Corinne Marchand et Catherine Rouvel), la musique de Claude Bolling: un thème universel (Témoignages de Claude Bolling et Stéphane Lerouge), témoignages de Michel Drucker et Agnès Vincent Deray, avec la participation exceptionnelle d'Alain Delon.

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  • Avant-première : Alain Delon sur Orange ciné géants « Dans mon cinéma »

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    Alain Delon dans "L'Eclipse" d'Antonioni (1962)

    orangecinéma.jpgCe lundi 5 octobre, à 20H40, sur Orange Ciné géants sera diffusé l'épisode 1 d'une série de documentaires intitulés « Dans mon cinéma », des documentaires dans le cadre desquels des personnalités du septième art commentent des extraits de leur propre filmographie et des extraits de films qu'ils ont en grande partie choisis. Le premier épisode de cette série est consacré à Alain Delon et réalisé par Raymond Vouillamoz.  Ses propos sont recueillis par Dominique Warluzel.

    Vous n'êtes pas sans savoir que l'acteur en question est pour partie à l'origine de ma passion pour le cinéma et surtout un grand nombre de chefs d'œuvres dans lesquels il a joué (« Monsieur Klein » de Losey, « La Piscine » de Jacques Deray, « Le Cercle rouge » et "Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville, « Plein soleil » de René Clément, « le Guépard » de Luchino Visconti, "Rocco et ses frères" du même Luchino Visconti, "L'Eclipse" d'Antonioni, "La Veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre...) à tel point que j'ai écrit un scénario de long-métrage dont le rôle principal est écrit pour Alain Delon. A bon entendeur... L'histoire de ce scénario est d'ailleurs presque un vrai film, je vous la raconterai un jour...

    delon21.jpgLorsqu'Orange, avec qui Inthemoodforcinema.com avait un partenariat pour le 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (18 d'entre vous ont ainsi remporté des pass pour le festival grâce à Orange et inthemoodforcinema.com), m'a proposé de visionner ce documentaire en avant-première j'ai évidemment été tout de suite enthousiaste !

    loveletters.jpgCe qui m'étonne toujours, c'est à quel point les avis sont tranchés lorsqu'il est question d'Alain Delon. On l'adore ou on le déteste. Il séduit ou il insupporte. Il joue subtilement avec son image dont certains sont malheureusement dupes, et dans laquelle lui-même sans doute se retrouve parfois enfermé, isolé. Et moi j'ai ces images à jamais gravées dans ma mémoire : celle du 25ème Film Policier de Cognac dont il était l'invité d'honneur et dont j'étais membre du jury de cinéphiles. Là, lors d'une soirée, à deux mètres de moi, un Delon jovial et rieur, loin de l'image à laquelle on le réduit parfois, un Delon autour duquel se formait un cercle de respect mais aussi de convoitise (dans lequel se situaient des réalisateurs connus que je ne citerai pas qui semblaient alors prêts à tout pour lui parler comme des vassaux avec leur roi). Et puis  il y a cette autre image, inoubliable, des 60 ans du Festival de Cannes d'un Alain Delon ému aux larmes rendant hommage à Romy Schneider (une vidéo que vous pouvez voir sur mon autre blog "In the mood for Cannes"). Des images aussi du grand acteur de théâtre qu'il est également : dans "Variations Enigmatiques",  « Les Montagnes russes », « Sur la route de Madison », « Love letters ». Et puis tant d'images de cinéma...

    Il est intéressant d'entendre l'acteur évoquer sa filmographie mais aussi revenir sur des moments clefs de sa carrière et delon6.jpgsur les personnalités qui l'ont marqué. Le seul bémol concerne la durée du documentaire : 52 minutes beaucoup trop courtes pour évoquer une telle carrière, 52 minutes qui donnent l'impression d'un survol au goût d'inachevé. Cet entretien n'en est pas moins passionnant, l'acteur s'exprimant rarement sur sa carrière, et encore plus rarement sur celle des autres, nous permettant de découvrir un cinéphile passionné, un homme sensible et charismatique, nostalgique et mélancolique, même "passéiste" comme il se définit lui-même, à fleur de peau, touchant, mais aussi un homme avec des prises de position pas forcément politiquement correctes qui se dévoile sans jamais être impudique.

    Pour ceux qui comptent regarder le documentaire, je vous conseille d'arrêter votre lecture ici... Pour les autres en voici un résumé...

    Le premier extrait (« Deburau » de Guitry-1951) le bouleverse d'emblée de même que le dernier, un extrait de « La fin du jour » de Duvivier (1939) qui le fait « pleurer à chaque fois ». L'un comme l'autre évoquent la passion pour ce « plus beau métier du monde » qu'est le métier d'acteur mais aussi la solitude de l'acteur.

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    Maurice Ronet, Marie Laforêt, Alain Delon dans "Plein soleil" de René Clément

    Il n'est pas moins ému quand il s'agit de revenir sur sa propre filmographie. Il commente ainsi sept extraits de ses propres films. Il commence par « Plein soleil » de René Clément dont il dit que c'est pour lui le plus grand réalisateur mais surtout le plus grand directeur d'acteurs, et pour lequel il semble éprouver une admiration sans bornes. Il précise également qu'il devait au départ interpréter le rôle que Maurice Ronet jouera finalement et que, malgré son jeune âge (24 ans alors), il avait réussi à convaincre Clément (et d'abord sa femme...) de le faire changer de rôle. Pour ceux qui n'ont pas encore vu « Plein soleil » dont la direction d'acteurs est effectivement remarquable je vous le recommande vivement.

    piscine.jpgLe deuxième extrait est une scène de « La Piscine » de Jacques Deray avec Romy Schneider, des images qu'il dit ne pas pouvoir revoir sans être bouleversé, chaque film et évidemment celui-ci, étant pour lui « une tranche de vie ».

    Le troisième extrait est un extrait du premier des 28 films qu'il a produits : « « L'Insoumis » d'Alain Cavalier, dont le sujet (La Guerre d'Algérie) était, pour l'époque, audacieux et engagé, un film inspiré de l'histoire vraie de l'avocate Gisèle Halimi enlevée par l'OAS.

    Le quatrième extrait nous présente la fin de « Deux hommes dans la ville » de Giovanni dans lequel Delon jouait face à celui qui l'appelait « Le Môme » et qu'il admirait tant : Jean Gabin. Il explique comment il a lui-même mis en scène la fin du film, d'ailleurs admirablement réalisée, une scène qui fait entrevoir toute l'horreur d'une condamnation à mort ( et dont la force semble en contradiction avec les propos de Delon sur la peine de mort dont il est dommage qu'il ne les ait pas davantage explicités, des propos avec lesquels je ne suis pas d'accord mais qui prouvent néanmoins à quel point l'acteur reste « insoumis », une qualité finalement louable dans un milieu cinématographique au discours souvent très formaté) .

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    Alain Delon et Simone Signoret dans "La Veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre

    L'extrait suivant est un extrait de « La Veuve Couderc » de Granier-Deferre (1971) , une scène qui est selon Delon « une des plus belles scènes d'amour non charnelles » de l'histoire du cinéma. Sa relation avec Signoret était faîte « de respect et d'admiration mutuels ». Elle lui apprit « la qualité des silences et des regards ».

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    Alain Delon et Claudia Cardinale dans "Le Guépard" de Luchino Visconti

    Evidemment il ne pouvait pas non plus ne pas choisir un extrait du « Samouraï » de Melville, l'occasion pour lui de revenir sur le sens du détail du cinéaste, et il ne pouvait pas non plus faire l'impasse sur « Le Guépard » de Visconti.  A cette occasion, il avoue que Burt Lancaster est le seul acteur face auquel il fut intimidé. Pour lui Visconti était avant tout « un esthète ».

    asphaltsmall.jpgS'il est parfois arrivé à Alain Delon de commenter sa propre carrière je l'ai plus rarement entendu évoquer celles des autres, c'est à mon avis l'intérêt de ce documentaire. Il faut voir avec quelle émotion il regarde « Marylin Monroe, « mythe universel »  dans un extrait d' « Asphalt jungle »  (« Quand la ville dort ») de John Houston, Marylin qu'il n'a jamais rencontrée  ou avec quel émoi il évoque  la fin du film lorsque Sterling Hayden rentre mourir avec ses chevaux, une fin qui lui fait penser à la manière dont il aimerait mourir.

    Il revient aussi sur sa définition de l'acteur. Pour lui un comédien est quelqu'un qui a la vocation, qui apprend le métier, qui devient comédien. Il cite ainsi en exemple Belmondo et Huster. Pour un acteur, il s'agit en revanche d'un accident comme ce fut le cas pour lui, pour Gabin ou Ventura. « L'acteur vit, le comédien joue ».

    Il a également choisi un extrait de « La Grand Illusion » de Jean Renoir, « un des plus grands films de l'histoire du cinéma », qu'il commente et notamment la scène du « petit navire », « scène d'anthologie » entre Dalio et Gabin.

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    Burt Lancaster dans "Le Guépard" de Luchino Visconti

    Si Delon admirait Gabin, Garfield (inoubliable dans « Le Facteur sonne toujours deux fois » de Tay Garnett) était pour lui son « Dieu », le plus grand acteur dont il admire la modernité du jeu, avec Lancaster et Brando avec lequel il regrette de n'avoir jamais joué ( « Le jour où Marlon partira je serai mort cliniquement » disait-il avant la mort de ce dernier). Quant aux réalisateurs, Melville, Clément, Visconti forment pour lui le trio remarquable.

    Lauren Bacall et Ava Gardner traversent aussi ce documentaire trop court pour évoquer toute sa carrière mais qui permet d'en envisager l'impressionnante étendue et le nombre de chefs d'œuvre qui l'ont jalonnée.

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    2009. Alain Delon dans une publicité pour "Eau sauvage" avec une photo prise par Jean-Marie Périer, en 1966 . Il avait alors 31 ans.

    J'en profite aussi pour vous recommander le très beau livre de photos et de témoignages signé Philippe Barbier consacré à Alain Delon et Romy Schneider  intitulé "Ils se sont tant aimés".

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  • Première de la pièce « Love letters » de A.R. Gurney avec Alain Delon et Anouk Aimée au Théâtre de la Madeleine : comme au cinéma…

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    Alain Delon. Woody Allen. Alain Resnais. Voilà quelques uns des (rares) artistes dont je ne manquerais un film, ou en l’occurrence une pièce, sous aucun prétexte. Pour le premier d’entre eux, tant pis pour ceux qu’il agace, qui ignorent l’autodérision dont il sait aussi faire preuve (comme en interprétant le mégalomaniaque César et en jouant avec son image dans « Astérix aux Jeux Olympiques »), qui se méprennent sur son immodestie. Après tout n’est-ce d’ailleurs pas plutôt de la lucidité puisque figurent dans sa filmographie au moins 10 chefs d’œuvre du septième art et des noms de réalisateurs aussi prestigieux que ceux de Visconti, Melville, Godard, Clément, Verneuil, Losey, Antonioni, Verneuil et tant d’autres ? Pouvez-vous même me citer un seul acteur dans la filmographie duquel figurent autant de chefs d’œuvre, parmi lesquels, pour ne citer que ceux que je préfère « Le Guépard », « La Piscine », « Le Samouraï », « Monsieur Klein », « Plein soleil », « La Veuve Couderc », « Le Cercle rouge », « Mélodie en sous-sol », « L’Eclipse », « Rocco et ses frères » ? Après tout n’est-ce toujours pas mieux d’agacer, de susciter la controverse (son talent lui, d’ailleurs, n’est pas controversé) plutôt que de laisser indifférent, ne vaut-il pas mieux avoir trop de charisme que d’en être dépourvu ? En tout cas, voilà ce sur quoi inconditionnels et détracteurs pourront sans doute se mettre d’accord : Alain Delon n’a  plus rien à prouver.  Ses choix sont donc guidés par la sincérité et le plaisir : d’une rencontre, d’un texte, de jouer avec un ou une partenaire. (Mireille Darc dans « Sur la route de Madison », Anouk Aimée en l’espèce.)

    C’est donc la quatrième fois que je le vois au théâtre, après « Variations Enigmatiques », "Les Montagnes Russes " et « Sur la Route de Madison », le texte de la première de ces pièces et l’ambiguïté jubilatoire du personnage d’Abel Znorko qu’il y interprétait étant d’ailleurs selon moi la plus à la (dé)mesure de son talent.

    Théâtre de la Madeleine hier soir. Première de la pièce. Il me tarde d’entendre les trois coups décisifs. Le hasard m’a affublée d’une voisine aux gestes amples, au parfum capiteux et agressif, au rire tonitruant. Les trois coups, enfin, déjà. La lumière s’éteint. Derrière le rideau qui reste délibérément fermé quelques secondes encore, deux voix naissent, s’élèvent et déjà nous emportent dans leur histoire. La salle retient son souffle. Je retiens mon souffle. Pas à cause du parfum capiteux. Déjà oublié, presque devenu inodore même, celui-là. Non, je suis déjà dans une autre dimension, de l’autre côté de l’Atlantique, avec ces deux voix si reconnaissables et pourtant soudain différentes, presque mystérieuses. Puis le rideau s’ouvre…

     Face à nous Alain Delon et Anouk Aimée. Ou plutôt non : Alexa et Thomas qui lisent les lettres qu’ils se sont écrites tout au long de leur vie. On oublie Tancrède, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino. On ne voit que cet enfant malicieux. Cela commence par quelques phrases griffonnées sur des cahiers d’écoliers. Les deux acteurs sont simplement assis derrière un bureau, sans artifices, sans décor et pourtant…et pourtant nous avons l’impression de voir deux enfants espiègles, de parcourir avec eux le New Hampshire, de voir leurs cadres familiaux se dessiner, plutôt dissolu et aisé pour l’une, aimant et uni pour l’autre. Dans leurs gestes et leurs regards, nous voyons, devinons : la malice, l’effronterie, la naïveté de l’enfance, ses blessures parfois aussi, et leurs deux caractères, si différents. Les mots prennent vie, sens, forme.

    Nous oublions déjà le décor, son absence plutôt, le théâtre et ses autres spectateurs, le rire tonitruant et le manque de place pour cause de voisine indélicate. Nous sommes d’emblée plongés dans ces « Love letters », dans cette amitié qui s’ébauche, dans cet amour qui s’esquisse.  Au fil des lettres, au fil du temps, nous voyons leurs regards, leurs voix, leurs gestes changer, nous les devinons grandir, à l’image de leurs sentiments, et leur ambivalence. Leurs caractères  se révèlent: frondeuse, impertinente, fragile pour l’une; plus sage, respectueux, soucieux des convenances pour l’autre. Le destin, des kilomètres, la fierté, les malentendus vont les séparer mais ils vont continuer à s’échanger des lettres, quoiqu’il advienne. Des lettres incisives ou tendres, longues ou courtes, de louanges ou de reproches, amères ou drôles, crues ou plus en retenue, dont l’ absence ou la fréquence en diront plus long encore que les mots même.  

    Leurs espoirs et leurs désespoirs, leurs désirs et leurs désillusions se font écho, la distance est abolie par cette proximité scénique et en même temps recréée puisque jamais ils ne se regardent, mais le pouvoir des mots et bien sûr l’immense talent des deux interprètes nous transportent bien au-delà, à tel point que je n’ai réalisé que tardivement qu’un bruit assourdissant retentissait (j’imagine un feu d’artifice -?-qui a d’ailleurs laissé Anouk Aimée absolument imperturbable et a tout juste suscité une interrogation d’Alain Delon qui semblait même incluse dans le texte) et qu’il n’était pas un effet de mise en scène.

    On comprend aisément pourquoi Alain Delon a accepté de jouer ce texte (et je dis bien jouer et non lire) : pour Anouk Aimée (dont on se dit que, si elle aussi a tourné avec les plus grands parmi lesquels Carné, Lelouch évidemment, Demi, Fellini, Becker, Lumet, Cukor-, elle a encore de beaux rôles devant elle ) avec laquelle il n’avait jamais joué ou tourné, pour cette histoire poignante et universelle, pour les multiples émotions qu’elle suscite, nous faisant passer du rire aux larmes, jusqu’au dénouement qui à lui seul mérite le déplacement, secondes volées à la réalité et au parfum capiteux, cet instant si cinématographique où le samouraï, un autre guépard peut-être, ressurgit, un guépard blessé, terriblement touchant et vrai (que n’a-t-il pas fallu vivre et jouer auparavant pour nous bouleverser à ce point, en quelques mots, pour sembler les vivre si intensément,  la musique qui s’élève alors aussi sublime soit-elle est d’ailleurs superflue, le jeu et les mots pouvant en suggérer toute la cruelle , douloureuse, rageuse beauté) , en un mot :  magistral. Cette pièce, toute statique soit-elle a d’ailleurs un rythme et une progression dramatique très cinématographiques. J'ai eu l'impression d'être au cinéma, de voyager dans ces deux vies et ces deux âmes, à travers les Etats-Unis, et même plus loin. Un film beaucoup trop court.

    Une pièce sensuelle et mélancolique légère et profonde, douce et amère, mais aussi un hymne à l’écriture (à l’art même à travers la vocation ratée d’Alexa), à son pouvoir cristallisateur, sa sublime violence, au pouvoir inestimable, parfois mésestimé des mots, qui peuvent enchaîner ou libérer, parfois plus douloureux qu’un poignard ou plus doux qu’une caresse, à ce qu’ils disent et ce qu’ils dissimulent, ce qu’ils voilent et dévoilent.

    J’ai repensé à cette phrase dans le dernier film de Woody Allen que « le véritable amour romantique est celui qui n’est pas satisfait », une phrase que cette pièce, d’ailleurs comme « Sur la route de Madison »,  illustre magnifiquement. Une pièce qui nous donne envie d’écrire, d’histoires épistolaires douces et cruelles qui nous élèvent forcément,  nous perdent peut-être aussi, mais en tout cas nous font vibrer et exister bien au-delà des mots.

    Alain Delon serait presque trop charismatique pour ce personnage aux idées conventionnelles mais il se glisse néanmoins dans sa peau, presque trop étroite pour lui, avec grâce. Quant à Anouk Aimée... elle a joué cette pièce pour la première fois en 1990, avec Bruno Crémer d’abord, puis avec Jean-Louis Trintignant, puis Jacques Weber, et enfin avec Philippe Noiret ; et cela se voit. Elle habite ce personnage, ne trébuche pas une seconde, tour à tour capricieuse, presque arrogante, lumineuse et sombre, lunatique et attachante, et finalement surtout blessée et bouleversante.

    On les rêve dans un même générique de film. J’en imagine déjà le synopsis, qui sait: peut-être même en ai-je déjà écrit le scénario. A bons entendeurs…

    Ecrite par Albert Ramsdell Gurney, cette histoire d’amour épistolaire traduite dans plus de 30 langues, montée pour la première fois à New York en 1989, a été adaptée de l’Américain par Anne Tognetti et Claude Baignères et mise en scène par Alain Delon, ou plutôt « mise en place » comme il aime à le dire lui-même.

    Dépêchez-vous : seulement 20 représentations exceptionnelles sont prévues (jusqu’au 29 novembre) à moins que la pièce ne soit prolongée…  Je vous la recommande, mais je crois que vous l’aurez compris. Est-ce utile de préciser que la salle, à la fin de la représentation, était debout et les yeux embués de larmes?

    Articles publiés sur « In the mood for cinema » ayant un lien avec celui-ci :

    Critique de la pièce "Sur la route de Madison" avec Alain Delon, Mireille Darc

    Critique de "La piscine" de Jacques Deray avec Alain Delon, Romy Schneider

    Critique des "Montages russes" avec Alain Delon

    Critique du "Guépard" de Luchino Visconti avec Alain Delon, Claudia Cardinale...

    Soirée des 60 ans du Festival de Cannes 2007

    Informations pratiques :

    Au théâtre de la Madeleine, du vendredi 7 novembre à 19H au samedi 29 novembre à 19H

    Du mardi au samedi à 19H, matinées le samedi à 16H.

    Réservations: 01-42-65-07-09 ou sur fnac.com ou sur la page internet du Théâtre de la Madeleine consacrée à "Love Letters".

    De 29€ à 49€ et 10€ ( - de 26 ans, selon disponibilités, mardi, mercredi, jeudi)

     

    Sandra.M